Le rappel d’Allerject

Mise à jour du 4 novembre 2015:

Suite à un commentaire reçu, je tiens à préciser que les auto-injecteurs d’épinéphrine sont disponibles en Annexe II au Québec, c’est-à-dire qu’ils sont disponibles sans prescription, après consultation avec un pharmacien (voir la base de données sur les médicaments en vente libre). Le pharmacien doit, avant de remettre un médicament dans ce contexte, inscrire le médicament au dossier du patient (et en créer un s’il n’en a pas), procéder à l’étude pharmacologique du dossier du patient, et communiquer les renseignements sur l’usage du médicament, comme on le ferait pour un médicament prescrit. Dans le contexte du rappel d’Allerject, il n’est donc pas nécessaire d’obtenir une nouvelle prescription d’un médecin pour remplacer le Allerject par un auto-injecteur d’une autre marque.


Mercredi dernier, Santé Canada publiait un avis de rappel de tous les lots de l’auto-injecteur d’épinéphrine Allerject sur le marché canadien, incluant les doses de 0,15 et 0,3 mg. Le même dispositif commercialisé aux États-Unis sous le nom de Auvi-Q, a également été rappelé en totalité.

Le problème à l’origine de ce rappel est, selon les informations diffusées sur le site de Sanofi, une possible libération d’une dose trop faible d’épinéphrine lors de l’utilisation du dispositif. Vingt-six cas auraient été rapportés aux États-Unis et au Canada sur 2 784 000 dispositifs distribués, dont 9 au Canada sur 492 000 unités.

Les gens qui possèdent ce dispositif doivent le rapporter à leur pharmacie afin d’obtenir un dispositif d’une autre marque. Bien sûr, ceci risque d’entraîner des ruptures de stock des produits alternatifs. Pour cette raison, Santé Canada recommande aux pharmaciens de ne distribuer qu’une unité de remplacement par patient (ou selon le jugement du professionnel de la santé). Dans le cas où un produit d’une autre marque ne peut être obtenu immédiatement, il est préférable de conserver son injecteur Allerject, et en cas de réaction anaphylactique, de l’utiliser malgré tout et de se rendre à l’hôpital immédiatement. Il est quand même « mieux » (si on peut dire…) de recevoir une dose trop faible que rien du tout.

Une recherche sur la banque de données sur les produits pharmaceutiques de Santé Canada indique 3 produits de remplacement homologués au Canada: Epipen (le plus connu), Anapen et Twinject. Le Twinject a cependant été discontinué il y a quelques années. Je n’ai jamais vu de Anapen en circulation, j’aimerais bien savoir si c’est réellement disponible; je ne trouve pas de site web canadien ou de monographie canadienne pour ce produit en cherchant sur Google.

Dans les établissements de santé, cette rupture a un impact relativement mineur, puisque c’est l’épinéphrine injectable en ampoules qui est utilisée dans pratiquement tous les cas, sauf dans quelques circonstances très particulières.

Néanmoins, cette situation est préoccupante, car il s’agit d’un autre exemple parmi tant d’autres où un médicament critique se retrouve en disponibilité limitée.

Quelques points à souligner à propos des réactions anaphylactiques et de l’épinéphrine:

  • L’utilisation inadéquate d’épinéphrine en situation d’anaphylaxie est trop fréquente, même en hôpital. Cela vient probablement d’une crainte face à ce médicament, qui est perçu comme puissant, invasif, extrême, etc.  Pourtant, les doses utilisées en anaphylaxie sont sécuritaires.  En hôpital, on peut même répéter l’épinéphrine aux 5 à 15 minutes.
  • L’épinéphrine intramusculaire est la première ligne de traitement de l’anaphylaxie et devrait être administrée lorsque les symptômes d’anaphylaxie se déclarent ou en cas d’exposition à un élément déclencheur qui a déjà causé une anaphylaxie chez une personne.
  • En pédiatrie, tel que mentionné dans les lignes directrices sur l’anaphylaxie de la Société Canadienne de Pédiatrie, la dose « junior » (0,15 mg) est recommandée pour les patients de 10 à 25 kg et la dose « adulte » (0,3 mg) pour les patients de 25 kg et plus. Pour les patients de moins de 10 kg, on peut penser à l’utilisation d’ampoules d’épinéphrine 1 mg/mL avec prélèvement en seringues d’une dose de 0,01 mg/kg, cependant ce genre de manipulation en situation d’urgence peut être stressant et mener à des erreurs. Pour cette raison, l’utilisation d’un auto-injecteur à une dose pédiatrique peut être considéré. Il est préférable de donner une dose légèrement supérieure à ne rien donner du tout.
  • Les patients allergiques devraient avoir une prescription à jour pour un auto-injecteur d’épinéphrine, et les professionnels de la santé devraient être en mesure d’enseigner comment l’utiliser. Ils devraient s’assurer que leurs patients (ou les parents, en pédiatrie)  savent comment s’en servir.
  • En cas de réaction, arrêtez d’hésiter et donnez la dose !

Une réflexion sur “Le rappel d’Allerject

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