Étude qualitative sur les prescripteurs électroniques multiples en établissement

Cette étude a été réalisée en Angleterre et avait pour objectif d’explorer le phénomène de la multiplicité des logiciels de prescription électronique au sein d’un même établissement. Spécifiquement, les auteurs cherchaient à décrire les causes de cette multiplicité, et à décrire les perceptions des cliniciens par rapport à ce phénomène.

Des hôpitaux ont été sélectionnés à partir de répondants à un sondage antérieur qui avaient rapporté avoir deux systèmes de prescription électronique ou plus en place dans le même hôpital. Une matrice de décision a été utilisée pour maximiser la variabilité des répondants par rapport au nombre de systèmes en place, à l’utilisation de plusieurs systèmes pour le même patient ou par le même professionnel, au type de système (développé localement ou commercial), à la spécialité médicale ciblée et au type de prescription (interne/externe). Des entretiens en personne ou au téléphone ont été réalisés et le verbatim des entretiens a été analysé à l’aide d’une méthode qualitative.

4 hôpitaux ont participé, ayant de 2 à 6 logiciels de prescription électronique. Les participants aux entrevues étaient en majorité des pharmaciens (7), ainsi qu’une infirmière et deux médecins.

Les participants ont décrit trois modèles d’adoption des systèmes de prescription électronique:

  • Mené par l’organisation (ex: un logiciel de prescription et d’administration des médicaments déployé à travers l’hôpital)
  • Mené par un groupe de cliniciens internes (ex: un logiciel spécifique aux soins intensifs)
  • Mené par un réseau externe (ex: un logiciel de chimiothérapie partagé par un réseau de recherche sur le cancer)

La première catégorie est la situation « de base » où un hôpital déploie un système de prescription électronique. La deuxième catégorie était généralement motivée par les besoins cliniques d’une spécialité précise, par exemple le besoin spécifique aux soins intensifs de suivre avec précision la balance liquidienne des patients. La troisième situation était davantage motivée par des situations cliniques précises requérant des fonctionnalités particulières et était généralement stratégique, par exemple pour faire partie d’un réseau de recherche sur le cancer.

Les participants ont rapporté des niveaux variables de gouvernance des technologies de l’information dans leur institution, allant d’un rôle de support uniquement à un modèle avec une gouvernance stratégique et en partenariat avec les cliniciens.

Plusieurs effets négatifs ont été observés, notamment:

  • La nécessité d’être formé et compétent sur plusieurs systèmes fonctionnant différemment
  • Le besoin de retenir plusieurs mots de passe
  • L’incapacité des cliniciens ne travaillant pas régulièrement dans une unité de soins à utiliser les systèmes spécialisés
  • La fragmentation des données du patient
  • L’incapacité d’accéder à l’information d’un patient dans un système spécialisé au moment opportun
  • La nécessité de documenter en double dans plusieurs systèmes, incluant le risque de documenter différemment dans plusieurs systèmes
  • Le besoin de pilotage de plusieurs systèmes, notamment pour les catalogues de médicaments
  • Le besoin de recourir au papier pour transférer l’information entre les systèmes

Des aspects positifs ont aussi été notés:

  • La présence de fonctionnalités de sécurité adaptées au contexte spécialisé, par exemple pour la prescription de chimiothérapie
  • Une meilleure adéquation aux besoins de certaines spécialités, comme les soins intensifs ou l’orthopédie

Je trouve cette étude intéressante car elle reflète bien mon exposition à des systèmes de prescription électronique multiples. Notamment, il est bien décrit comment certains utilisateurs de systèmes spécialisés ne voient que des avantages à cette situation car ils n’utilisent que le système très bien adapté à leur spécialité, alors que cela cause des problèmes lorsque le patient change d’unité de soins ou bien est suivi par plusieurs spécialistes, et que le dossier se retrouve fragmenté. En particulier, on décrit comment un système spécialisé n’arrive pas à gérer le fait qu’un patient n’ait pas tous ses rendez-vous dans la même clinique. Il est aussi bien décrit comment le personnel exposé à tous les systèmes en même temps, notamment les pharmaciens, doit bien comprendre les particularités et les limites de chaque système pour travailler de manière optimale, ce qui complexifie le travail et introduit un risque.

En conclusion, il s’agit d’un article à lire pour bien comprendre les causes, les avantages et les inconvénients d’avoir plusieurs systèmes de prescription électronique dans le même hôpital.

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