Optimisation d’alertes de dose par des pharmaciens en informatique clinique

L’optimisation des alertes dans les dossiers électroniques, principalement dans le but de diminuer leur nombre, augmenter leur pertinence, et réduire la désensibilisation aux alertes, est un sujet d’actualité. Un article paru en août 2022 décrit comment les pharmaciens en informatique clinique d’une organisation de santé américaine ont mis en place une stratégie d’optimisation des alertes de dose.

L’étude a eu lieu dans une organisation comprenant 11 hôpitaux et plus de 100 cliniques. Le département d’informatique de pharmacie de cette organisation comportait 10 pharmaciens en informatique clinique et 5 consultants cliniques. Les alertes d’intervalles de dose (dose-range checking, une fonctionnalité qui compare une dose prescrite à une dose minimale et maximale et alerte dans le cas où ces limites sont franchies) ont été activées dans le logiciel de dossier électronique de cette institution en juin 2018. Les intervalles initialement activés étaient ceux fournis par défaut dans le logiciel. Un mois plus tard, les 623 groupes de médicaments (un générique et les entités prescriptibles en découlant) les plus fréquemment concernés par les alertes ont été identifiés. Pour chaque groupe, 21 pharmaciens ont évalué les intervalles de dose proposés, qui comportaient des particularités par âge, fonction rénale, dose unique et dose quotidienne. Plusieurs références ont été consultées et les évaluations ont inclus les indications approuvées de même que l’utilisation hors-indication (off-label). Une marge de 10% a aussi été ajoutée pour prendre en compte l’arrondissement des doses.

Les pharmaciens ont mis à jour les intervalles de dose proposés par le système en fonction des recommandations révisées progressivement sur plusieurs mois, le tout en monitorant hebdomadairement le déclenchement d’alertes et en encourageant les cliniciens à rapporter les alertes inappropriées, de manière à prioriser les alertes les plus problématiques. Les stratégies mises en place pour réduire les alertes inutiles sont détaillées dans le texte complet et sont très intéressantes, je retiens 3 types d’interventions: la désactivation d’alertes liées au fonctionnement interne du logiciel et sur lesquelles le clinicien ne peut pas agir, la désactivation d’alertes redondantes (ex: désactiver les alertes pour un poids manquant s’il y a déjà une autre alerte qui avise que le poids est manquant en dehors du processus de prescription) et l’optimisation des ordonnances préprogrammées (order sentences, order sets ou similaires).

En juin 2018, donc au moment du déploiement initial, 11 452 alertes étaient contournées par semaine en moyenne. Entre juin et septembre 2018, 70 groupes de médicaments ont été optimisées. Durant la première semaine de septembre 2018, 4796 alertes ont été contournées, représentant une diminution de 63% des contournements.

Suite à l’optimisation des intervalles de dose par groupe de médicaments, une deuxième stratégie d’ajustement des messages d’erreurs et de la logique de détection d’erreurs dans le système a permis une diminution encore plus grande, permettant de passer d’un taux de contournement d’alertes de 6.6% à 3.2% entre janvier 2019 et mars 2020.

Je trouve l’article intéressant car il démontre un aspect important du travail des pharmaciens en informatique clinique, soit l’optimisation des fonctionnalités d’aide à la décision. Il est intéressant de constater d’abord que l’utilisation des fonctionnalités de vérification de doses dans les dossiers électroniques intégrés n’est pas si ancienne dans cette étude (2018). Ensuite, les intervalles de dose fournis par défaut dans le logiciel, pourtant un « joueur majeur » américain, nécessitaient des ajustements importants pour être utilisables. Enfin, l’optimisation de la performance de ces alertes a demandé à une grande équipe de pharmaciens un travail colossal, réalisé progressivement sur plusieurs années. L’aide à la décision clinique dans les dossiers électroniques demande un travail de maintenance constant et des ressources en conséquence. Clairement, il ne s’agit pas simplement d’acheter un logiciel ou de déployer une fonctionnalité telle quelle, la maintenance, l’optimisation et le suivi doivent faire partie du plan dès le départ.

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