Dans la bibliothèque: The Pharmacy Informatics Primer

J’essaie ces temps-ci de développer mes connaissances sur la technologie et l’informatique en pharmacie, ce blogue en est une bonne preuve ! Deux pages que je consulte pour obtenir des idées et des ressources sont:

Une des lectures de base suggérées par l’ASHP est le livre The Pharmacy Informatics Primer édité par Doina Dumitru et publié par l’ASHP. Le livre fait environ 230 pages et comporte 13 chapitres écrits par des auteurs différents, ça se lit très bien. Il a été publié en 2009, donc en termes de technologie c’est un peu vieux (on mentionne à quelques reprises les CD-ROM…), mais le propos est encore très pertinent à la pratique d’aujourd’hui et toutes les technologies mentionnées sont encore d’actualité.

Après l’avoir lu, je confirme qu’il s’agit d’une lecture primordiale pour tout pharmacien d’établissement de santé qui travaille de près ou de loin à l’acquisition, la configuration et au support de technologies de pharmacie.

Les technologies abordées sont entre autres:

  • La prescription électronique en établissement de santé
  • La prescription électronique en ambulatoire et en communauté
  • L’aide à la décision
  • Les systèmes d’information pharmacie
  • L’automatisation (les chariots, cabinets, les robots de pige)
  • Le code-barre
  • Les pompes intelligentes

Il s’agit d’une très bonne introduction à ces technologies, à ce qu’il est possible de faire avec elles et à leurs avantages et inconvénients. Les applications décrites sont bien sûr présentées dans le contexte du système de santé américain, mais il est facile de bien comprendre quand même et les principes exposés demeurent applicables hors des États-Unis.

On discute aussi des stratégies de maintenance des systèmes informatiques et des technologies, de l’influence de la technologie sur l’utilisation sécuritaire des médicaments, de l’utilisation des banques de données des systèmes informatiques pour les statistiques et la prise de décision, ainsi que des aspects de gestion liés aux technologies.

Enfin, chose très importante, le livre discute tout au long, et dédie un chapitre, à l’impact de la technologie sur le travail des pharmaciens en distribution et en pratique clinique. On parle également de l’impact sur le travail des assistant-techniques en pharmacie. On insiste beaucoup sur l’importance de la technologie et de l’automatisation pour permettre aux pharmaciens de centrer leur pratique principalement sur les soins aux patients.

On ne néglige cependant pas l’importance des pharmaciens dans la gestion de toute cette technologie. Alors que le rôle du pharmacien deviendra de plus en plus clinique et que les tâches reliées à la distribution des médicaments seront, au moins en partie, automatisées ou robotisées, il restera important que des pharmaciens supervisent la mise en place de la technologie. La pratique de la pharmacie consistant à assurer l’usage optimal des médicaments, le déploiement et la maintenance de systèmes automatisés, robotisés, ou de systèmes informatiques manipulant soit les médicaments eux-mêmes ou l’information reliée à leur usage, devra obligatoirement être supervisée et par des pharmaciens.

Ce livre est donc un excellent aperçu de ce qu’un pharmacien en charge de technologies ou de systèmes d’information sur les médicaments doit connaître pour bien faire son travail. Ça reste cependant un survol. Je mentionne au passage un article de 2012 de l’AJHP sur le rôle de pharmacien spécialiste en systèmes et technologies reliés aux médicaments.

Pour finir, je souligne la première phrase du livre: « The Institute of Medicine’s landmark 2000 report, To Err is Human: Building a Safer Health System… »

Dans la bibliothèque: To Err is Human – Building a Safer Health System

C’est un cliché de commencer un article sur la sécurité des médicaments avec la phrase « The 1999 Institute of Medicine report To Err is Human: Bulding a Safer Health System »… Pourtant, je n’avais jamais eu l’occasion de lire ce texte durant ma formation ni dans ma pratique. J’ai donc entrepris de passer au travers durant la période des fêtes. Ce n’est pas si mal, c’est environ 200 pages, mais ce n’est pas de la lecture légère ! Le PDF est disponible en ligne gratuitement.

Alors, qu’en retient-on ? Globalement, c’est un excellent texte, dont des chapitres (les chapitres 3 et 8 en particulier) devraient selon moi être une lecture obligatoire dans le cadre de la formation des pharmaciens. De nombreuses parties du livre discutent de l’organisation des systèmes de déclaration d’erreurs et des aspects légaux, surtout pertinents aux États-Unis. D’autres chapitres examinent en profondeur les mécanismes qui conduisent aux erreurs, en particulier les erreurs médicamenteuses, et proposent des solutions réfléchies en profondeur pour y remédier.

N’importe quel professionnel de la santé fera face à des erreurs dans sa carrière, et doit comprendre les mécanismes qui mènent aux erreurs, ainsi que la manière d’y réagir, pour être préparé à cette éventualité. Tout pharmacien qui a un rôle à jouer dans l’organisation du travail, en particulier en établissement de santé, devrait connaître les réflexions qui sont exposées dans ce texte pour bien comprendre les enjeux de sécurité en soins de santé, et en particulier comment réagir face aux erreurs (error recovery).

Voici quelques points tirés du livre que je tiens à souligner, organisés par chapitre:

  • Chapitre 2: Ce chapitre commence par les données américaines des années 90 sur les erreurs en établissement de santé, mais par la suite explique bien les différents types d’erreurs et d’événements indésirables, et définit spécifiquement les erreurs liées aux médicaments. Les possibilités d’erreurs et d’événements indésirables à chaque étape du circuit du médicament sont exposées.
  • Chapitre 3: Ce chapitre examine en détail les mécanismes qui mènent à l’erreur, notamment le fait que les erreurs sont rarement causées par une seule personne qui agit mal, mais sont bien plus souvent causées par des problèmes de systèmes qui conduisent les gens à l’erreur (« systems that set people up for failure« ). L’emphase est mise sur la nécessité de comprendre les mécanismes latents qui mènent à l’erreur, pour apporter des changements aux systèmes problématiques, plutôt que de punir une personne qui aurait commis une erreur. La punition d’une seule personne a peu de chances de prévenir une nouvelle erreur similaire par une autre personne si aucun changement n’est apporté au système. Une analyse détaillée des risques d’erreurs associées aux systèmes complexes est présentée.
  • Chapitre 4: Ce chapitre discute surtout des organismes qui font la promotion de la sécurité des soins de santé aux États-Unis, mais débute par une discussion intéressante des systèmes de sécurité en place dans d’autres industries comme l’aviation.
  • Chapitre 5: Le chapitre 5 présente l’organisation des systèmes de déclaration d’erreurs aux États-Unis. La discussion est intéressante pour comprendre la différence entre les systèmes de déclaration obligatoire, qui ciblent les erreurs graves, et les systèmes de déclaration volontaire, qui ciblent les situations à risque et les erreurs de type « near-miss« .
  • Chapitre 7: Ce chapitre discute de la responsabilité de divers acteurs du milieu de la santé envers la sécurité des patients, notamment les autorités professionnelles, les organismes de réglementation, les organismes de certification professionnelle et les regroupement professionnels, ainsi que les administrateurs et les organismes qui financent le système de santé. Le tout est bien sûr centré sur les États-Unis, mais les principes qui s’en dégagent sont intéressants.
  • Chapitre 8: Le dernier chapitre du livre fait des recommandations très concrètes pour améliorer la sécurité des soins en établissement de santé. On débute par exposer les principes qui doivent guider l’organisation des systèmes de soins pour qu’une culture de sécurité existe: (1) offrir du leadership, (2) respecter les facteurs humains dans le design des processus, (3) promouvoir le travail efficace en équipe, (4) anticiper les problèmes et (5) créer un environnement qui favorise l’apprentissage. Par la suite, on présente des recommandations très détaillés sur l’utilisation des médicaments. La plupart des mesures qui sont présentées font maintenant partie de la base de l’utilisation des médicaments en établissement de santé. J’ai malgré tout été étonné de voir parmi ces principes plusieurs points qui doivent encore être défendus aujourd’hui, comme par exemple la standardisation de la méthode de prescription pour éviter les abréviations dangereuses, le retrait des médicaments et des électrolytes à haute concentration des unités de soins, la présence de pharmaciens durant les tournées médicales, la standardisation des processus pour les médicaments à haut risque, et l’implantation de la prescription électronique.