Effet d’un système de prescription et administration électronique sur les erreurs de médicaments

Cette étude a eu lieu sur une unité de gériatrie de 14 lits d’un hôpital d’enseignement anglais situé à Londres. L’objectif de l’étude était d’évaluer l’effet de d’un système électronique de prescription et administration de médicaments sur les erreurs d’administration de médicaments. Un devis de type pré-post a été utilisé, où un pharmacien a observé la tournée d’administration des médicaments d’une infirmière à 8h du matin durant 12 journées dans la phase pré et 15 journées dans la phase post. Peu de détails sont données sur les caractéristiques de prescription du logiciel utilisé, mais il faut souligner que les fonctions pour l’administration des médicaments n’incluaient pas la vérification par code-barre. De même, peu de données sont données sur le système papier en place avant l’installation du logiciel, je crois comprendre que la liste de médicaments de l’infirmière n’était pas générée informatiquement mais bien manuellement.

Le pharmacien a compté les opportunités d’erreurs et les erreurs qui se sont produites, selon des définitions préalables. Il est bien sûr intervenu pour éviter que les erreurs observées se rendent au patient. Les médicaments intraveineux ont été exclus de l’étude considérant leur faible nombre sur cette unité. La qualité de documentation de l’administration a aussi été analysée.

La collecte de données a eu lieu de décembre 2014 à juin 2015. 86 rencontres patients-infirmière ont été incluses dans chaque phase. Dans la phase pré, le taux d’erreurs était de 4,2% (18 erreurs sur 428 opportunités) contre 3,4% dans la phase post (18 erreurs sur 528 opportunités), une différence non significative (p=0,64). L’article donne le détail de plusieurs erreurs. Au niveau de la documentation, une augmentation des inexactitudes a été observée, avec 5 divergences sur 460 documentations dans la phase pré (1,1%) contre 18 divergences sur 557 documentations dans la phase post (3,2%, p=0,04). Les chercheurs ont observé que la cause de divergence la plus fréquente était la documentation d’une administration qui n’avait pas eu lieu, généralement parce que la documentation avait lieu avant l’administration réelle en raison du flot de travail des infirmières et de la disponibilité physique des ordinateurs. Lorsque l’administration n’avait pas lieu (par exemple refus du patient ou patient non disponible), il y avait souvent omission d’annuler l’administration inscrite, parce que cette opération n’était pas facile dans le logiciel. De même, des erreurs de forme pharmaceutique ou de voie d’administration ont été notées alors que celles-ci n’ont pas été observées avec le papier, en raison des capacités limitées du logiciel à mettre en évidence les particularités de certaines ordonnances.

Cette étude a plusieurs lacunes, notamment la petite taille de l’unité de soins et les critères d’inclusion très spécifiques. Les conclusions semblent fortement influencées par les méthodes de travail sur l’unité de soins examinée. Je crois qu’il est très difficile d’affirmer que l’absence d’effet observée sur les erreurs, et l’augmentation des divergences de documentation, sont réellement dus à l’implantation du système électronique en tant que tel. Il me semble plutôt que les caractéristiques du logiciel choisi et les méthodes de travail sur l’unité pourraient expliquer ce qui a été conclu. L’absence de validation du médicament par code-barre dans le système utilisé est aussi un élément à considérer.

Effet d’un système de prescription et administration électronique sur les erreurs de médicaments

Revue systématique sur l’administration des médicaments assistée par code-barre

J’ai déjà parlé à plusieurs reprises de code-barre. Plusieurs articles récents décrivent les bénéfices de cette technologie pour aider à la traçabilité des médicaments tout au long de leur circuit en établissement de santé, pour améliorer la documentation de la vaccination, pour sécuriser le processus de préparation stérile des médicaments et pour remplacer la vérification contenant-contenu visuelle par le pharmacien, entre autres. Ce nouvel article est une revue systématique des effets de l’administration des médicaments assistée par code-barre (barcode medication administration), lorsqu’elle est combinée à la prescription électronique. au formulaire d’administration des médicaments électronique (eMAR) et à la dispensation des doses automatisée (par cabinets ou robots, par exemple). Toutes ensembles, ces technologies forment une boucle fermée allant de la prescription à l’administration, en anglais on parle de closed-loop medication administration system. Par boucle fermée on entend qu’il n’y a aucune retranscription de la prescription jusqu’à l’administration et que tout le processus est sécurisé électroniquement; cela suppose une interface avec le système pharmacie ou une intégration de celui-ci au même système que le reste, ce que bien des publications négligent malheureusement de décrire.

Une revue de littérature de Medline, PubMed et Embase entre 1992 à 2015 a été effectuée de manière systématique. 430 publications ont été identifiées, dont 393 ont été exclues sur la base du sujet ou des données rapportées. 30 autres ont été exclues car elles ne parlaient pas de code-barre dans le contexte d’une boucle fermée. Enfin, 2 autres ont été exclues car l’une n’était qu’un rapport préliminaire et l’autre ne comprenait pas de système avec prescription électronique. 5 articles ont donc ultimement été inclus, dont 3 avec un devis d’observation directe pour la collecte des données et 2 qui étaient basées sur des déclarations volontaires d’erreurs.

Globalement, 2 articles parmi les trois basées sur l’observation directe ont trouvé une diminution des erreurs non reliées au moment d’administration de 4,6% et 4,7% (en absolu), soit de 11,5 à 6,8% pour la première, et 8 à 3,4% pour la deuxième. Une augmentation de l’incidence de distractions (15,5 à 25,2%) et de l’administration sans explications au patient (10,9 à 14,9%) a été observée dans la deuxième étude, probablement en raison de la nécessité d’interaction avec le système informatique au moment de l’administration. La troisième étude a trouvé une diminution de 3,7% en absolu des erreurs de tous types, soit de de 7 à 4,3%. La première étude a également constaté une élimination complète des erreurs de transcription.

En ce qui a trait aux études basées sur des déclarations volontaires, la première a trouvé une augmentation des erreurs (20 erreurs par millions de doses contre 38), ce qui était probablement lié simplement à une meilleure détection, considérant une diminution relative de 75% des erreurs ayant touché le patient observée de manière concomitante. La dernière étude a quant à elle observé une différence non significative des erreurs de 2,89 par 10 000 doses contre 1,48.

Les auteurs soulignent que leur revue ne considérait que les études sur l’administration assistée par code-barre dans le contexte d’un circuit fermé avec prescription électronique, administration des médicaments informatisée et dispensation automatisée. Un autre article de revue paru en 2009 et cité par les auteurs évaluait le code-barre sans le contexte du circuit fermé, cependant cet article commence à dater un peu. Considérant l’état actuel du système de santé canadien (les auteurs sont de la Colombie-Britannique), il aurait été intéressant de présenter quelques données dans des systèmes sans prescription électronique ou avec des transcriptions à l’entrée ou à la sortie du système pharmacie.

Néanmoins, cet article est intéressant et permet de se faire une bonne idée des bénéfices attendus avec cette technologie.

Revue systématique sur l’administration des médicaments assistée par code-barre

Protocole d’une étude évaluant l’effet de la prescription et administration électronique des médicaments en pédiatrie

Cet article décrit le protocole d’une étude australienne à venir, qui sera menée dans deux hôpitaux pédiatriques tertiaires et académiques de 310 et 180 lits. L’intervention à l’étude sera le passage de la prescription et de la documentation de l’administration des médicaments sur papier, à module de prescription électronique avec aide à la décision complète, ainsi qu’à module de documentation de l’administration (une FADM électronique), dans un logiciel de dossier électronique commercial déjà en service. Le premier objectif de l’étude sera de déterminer l’effet de l’implantation sur les événements indésirables liés aux médicaments et sur la durée de séjour dans le premier hôpital. Le deuxième objectif sera de caractériser l’effet de ce système sur le flot de travail et l’efficacité des cliniciens, et le troisième sera de voir si des modifications au système suite aux observations liées à la première phase permettra d’améliorer l’effet de son implantation au deuxième hôpital.

Le devis de l’étude sera un stepped-wedge cluster randomised controlled trial (je ne m’essaierai pas à le traduire en français), c’est-à-dire un devis où le système sera implanté progressivement à travers tout l’hôpital par unité de soins, et l’ordre d’implantation sera randomisé, afin de pouvoir effectuer des comparaisons. Ce devis, selon les auteurs, est adapté aux situations où il est impossible de randomiser des patients individuels et où l’intervention doit être appliquée en bout de ligne à toute la population à l’étude.

Les fonctionnalités du système implanté sont exhaustives: prescription électronique complète sauf pour les soins intensifs et l’anesthésie, bilan comparatif des médicaments à l’admission et au congé, documentation de la dispensation, documentation de l’administration, aide à la décision avec calcul de doses, ordonnances pré-rédigées, politiques et protocoles, alertes d’interactions et de doses hors normes, et support pour les applications mobiles.

Les erreurs liées au médicaments évaluées seront celles qui se produiront réellement de même que celles interceptées avant administration. Les erreurs de prescription seront collectées par revue de dossier rétrospective, et les erreurs d’administration par observation directe des infirmières et collecte de données à l’aide d’un formulaire standardisé durant l’observation.

Je trouve ce protocole exhaustif et intéressant, il permettra de mieux caractériser l’effet de l’implantation d’un système électronique complet pour les activités cliniques liées au médicament sur les erreurs médicamenteuses et une issue clinique de première importance, la durée de séjour. J’ai bien hâte de voir les résultats.

Protocole d’une étude évaluant l’effet de la prescription et administration électronique des médicaments en pédiatrie