Revue systématique sur l’administration des médicaments assistée par code-barre

J’ai déjà parlé à plusieurs reprises de code-barre. Plusieurs articles récents décrivent les bénéfices de cette technologie pour aider à la traçabilité des médicaments tout au long de leur circuit en établissement de santé, pour améliorer la documentation de la vaccination, pour sécuriser le processus de préparation stérile des médicaments et pour remplacer la vérification contenant-contenu visuelle par le pharmacien, entre autres. Ce nouvel article est une revue systématique des effets de l’administration des médicaments assistée par code-barre (barcode medication administration), lorsqu’elle est combinée à la prescription électronique. au formulaire d’administration des médicaments électronique (eMAR) et à la dispensation des doses automatisée (par cabinets ou robots, par exemple). Toutes ensembles, ces technologies forment une boucle fermée allant de la prescription à l’administration, en anglais on parle de closed-loop medication administration system. Par boucle fermée on entend qu’il n’y a aucune retranscription de la prescription jusqu’à l’administration et que tout le processus est sécurisé électroniquement; cela suppose une interface avec le système pharmacie ou une intégration de celui-ci au même système que le reste, ce que bien des publications négligent malheureusement de décrire.

Une revue de littérature de Medline, PubMed et Embase entre 1992 à 2015 a été effectuée de manière systématique. 430 publications ont été identifiées, dont 393 ont été exclues sur la base du sujet ou des données rapportées. 30 autres ont été exclues car elles ne parlaient pas de code-barre dans le contexte d’une boucle fermée. Enfin, 2 autres ont été exclues car l’une n’était qu’un rapport préliminaire et l’autre ne comprenait pas de système avec prescription électronique. 5 articles ont donc ultimement été inclus, dont 3 avec un devis d’observation directe pour la collecte des données et 2 qui étaient basées sur des déclarations volontaires d’erreurs.

Globalement, 2 articles parmi les trois basées sur l’observation directe ont trouvé une diminution des erreurs non reliées au moment d’administration de 4,6% et 4,7% (en absolu), soit de 11,5 à 6,8% pour la première, et 8 à 3,4% pour la deuxième. Une augmentation de l’incidence de distractions (15,5 à 25,2%) et de l’administration sans explications au patient (10,9 à 14,9%) a été observée dans la deuxième étude, probablement en raison de la nécessité d’interaction avec le système informatique au moment de l’administration. La troisième étude a trouvé une diminution de 3,7% en absolu des erreurs de tous types, soit de de 7 à 4,3%. La première étude a également constaté une élimination complète des erreurs de transcription.

En ce qui a trait aux études basées sur des déclarations volontaires, la première a trouvé une augmentation des erreurs (20 erreurs par millions de doses contre 38), ce qui était probablement lié simplement à une meilleure détection, considérant une diminution relative de 75% des erreurs ayant touché le patient observée de manière concomitante. La dernière étude a quant à elle observé une différence non significative des erreurs de 2,89 par 10 000 doses contre 1,48.

Les auteurs soulignent que leur revue ne considérait que les études sur l’administration assistée par code-barre dans le contexte d’un circuit fermé avec prescription électronique, administration des médicaments informatisée et dispensation automatisée. Un autre article de revue paru en 2009 et cité par les auteurs évaluait le code-barre sans le contexte du circuit fermé, cependant cet article commence à dater un peu. Considérant l’état actuel du système de santé canadien (les auteurs sont de la Colombie-Britannique), il aurait été intéressant de présenter quelques données dans des systèmes sans prescription électronique ou avec des transcriptions à l’entrée ou à la sortie du système pharmacie.

Néanmoins, cet article est intéressant et permet de se faire une bonne idée des bénéfices attendus avec cette technologie.

Protocole d’une étude évaluant l’effet de la prescription et administration électronique des médicaments en pédiatrie

Cet article décrit le protocole d’une étude australienne à venir, qui sera menée dans deux hôpitaux pédiatriques tertiaires et académiques de 310 et 180 lits. L’intervention à l’étude sera le passage de la prescription et de la documentation de l’administration des médicaments sur papier, à module de prescription électronique avec aide à la décision complète, ainsi qu’à module de documentation de l’administration (une FADM électronique), dans un logiciel de dossier électronique commercial déjà en service. Le premier objectif de l’étude sera de déterminer l’effet de l’implantation sur les événements indésirables liés aux médicaments et sur la durée de séjour dans le premier hôpital. Le deuxième objectif sera de caractériser l’effet de ce système sur le flot de travail et l’efficacité des cliniciens, et le troisième sera de voir si des modifications au système suite aux observations liées à la première phase permettra d’améliorer l’effet de son implantation au deuxième hôpital.

Le devis de l’étude sera un stepped-wedge cluster randomised controlled trial (je ne m’essaierai pas à le traduire en français), c’est-à-dire un devis où le système sera implanté progressivement à travers tout l’hôpital par unité de soins, et l’ordre d’implantation sera randomisé, afin de pouvoir effectuer des comparaisons. Ce devis, selon les auteurs, est adapté aux situations où il est impossible de randomiser des patients individuels et où l’intervention doit être appliquée en bout de ligne à toute la population à l’étude.

Les fonctionnalités du système implanté sont exhaustives: prescription électronique complète sauf pour les soins intensifs et l’anesthésie, bilan comparatif des médicaments à l’admission et au congé, documentation de la dispensation, documentation de l’administration, aide à la décision avec calcul de doses, ordonnances pré-rédigées, politiques et protocoles, alertes d’interactions et de doses hors normes, et support pour les applications mobiles.

Les erreurs liées au médicaments évaluées seront celles qui se produiront réellement de même que celles interceptées avant administration. Les erreurs de prescription seront collectées par revue de dossier rétrospective, et les erreurs d’administration par observation directe des infirmières et collecte de données à l’aide d’un formulaire standardisé durant l’observation.

Je trouve ce protocole exhaustif et intéressant, il permettra de mieux caractériser l’effet de l’implantation d’un système électronique complet pour les activités cliniques liées au médicament sur les erreurs médicamenteuses et une issue clinique de première importance, la durée de séjour. J’ai bien hâte de voir les résultats.