Facteurs favorisant l’utilisation nationale des données de santé en Écosse

Cet article un peu obscur provient d’Écosse, et décrit les résultats d’un focus group des parties prenantes de l’implantation d’un système national électronique pour la prescription et l’administration des médicaments dans cette région. L’objectif de cette discussion était de faire ressortir les éléments importants pour assurer la qualité des données nationales sur ce sujet, avec pour objectif ultime d’assister la prise de décision politique et administrative sur le système de santé. Ce contexte est certes un peu lourd, mais les thèmes dégagés me semblent intéressants et applicables à la situation québécoise où l’informatisation du système de santé est enclenchée.

Des participants occupant des positions senior dans le système de santé, et ayant des fonctions touchant à l’informatisation ont été approchées, notamment des représentants des médecins, pharmaciens et infirmières, des associations de patients, des fournisseurs et des dirigeants. Un guide des sujets de discussion a été remis aux participants, comportant quatre thèmes: les expériences internationales, l’expérience écossaise avec l’implantation d’un système de cancérologie, les besoins dans des secteurs à développer (contrôle de la douleur, surveillance des antimicrobiens), et les implications politiques et stratégiques. La discussion a été enregistrée, transcrite et analysée de manière qualitative.

36 personnes ont été approchées et 21 ont participé à la journée de discussion. Les idées principales dégagées sont en lien avec des facteurs à trois niveaux:

  • Niveau micro
    • La nécessité d’avoir des logiciels flexibles s’intégrant au flot de travail, potentiellement complexe, des utilisateurs.
    • La nécessité d’offrir une interface intuitive qui ne ralentit pas le travail.
    • La disponibilité de données de performance en feedback pour les utilisateurs.
    • Offrir aux utilisateurs la preuve que les données collectées fonctionnent pour l’amélioration du système.
  • Niveau meso
    • S’assurer que les ressources pour le maintien des infrastructures technologiques soient prévues.
    • Développer la capacité de gestion du changement et d’analyse de données nécessaire pour gérer cette information.
  • Niveau macro
    • Avoir une banque de données nationale pour permettre la collecte et l’analyse centralisée.
    • Prévoir une interopérabilité des systèmes à l’aide de standards technologiques.
    • Avoir des systèmes en place pour le feedback de données aux organisations locales.

La discussion de l’article est intéressante et présente des recommandations pour des stratégies nationales découlant de ces idées.

Je trouve cet article intéressant parce que les idées exprimées sont importantes, dans le sens où l’informatisation du système de santé amène un flot de nouvelles données électroniques qui n’étaient pas disponibles auparavant, du moins pas en cette quantité et avec autant de facilité. Les idées dégagées au niveau micro permettent de s’assurer que les données collectées par les utilisateurs soient de qualité, en leur offrant la preuve que celles-ci sont réellement utiles. Au niveau meso, on s’assure qu’il soit possible de collecter et analyser ces données efficacement et au niveau macro, on permet le traitement de ces données de manière centralisée.

 

Facteurs favorisant l’utilisation nationale des données de santé en Écosse

Stratégie de gestion de données en pharmacie

Cet article décrit l’expérience de 7 auteurs en gestion de données dans le contexte de quelques organisations de soins de santé américaines. Ceux-ci font des propositions relativement à la gestion des données des départements de pharmacie. L’article a un fond intéressant mais est écrit d’une manière plutôt lourde, avec trop de buzzwords. Néanmoins, dans le contexte québécois, avec l’arrivée potentielle du financement à l’activité, ce genre de stratégie devrait être connu des départements de pharmacie qui doivent se positionner pour garder un contrôle sur leurs données et surtout sur pour s’assurer que celles-ci soit interprétées correctement.

Quelques points clés mentionnés sont:

  • Les départements de pharmacie doivent se préparer à fournir des données à la direction de leur organisation, et il doit y avoir une capacité du département à agir en fonction des conclusions tirées à partir de ces données, ce qui suppose un support et des ressources fournies par l’administration au département de pharmacie.
  • Il doit y avoir des experts à l’intérieur du département de pharmacie qui sont capables d’examiner les données et de les valider avant que celles-ci soient diffusées. Ces experts doivent avoir une formation adéquate et un accès complet aux outils de gestion de données de l’organisation.
  • L’interprétation des données issues de la pharmacie doit être faite par des gens qui comprennent bien le contexte de celles-ci, par exemple par un tandem composé d’un analyste de la direction et d’un pharmacien expert en analyse de données.
Stratégie de gestion de données en pharmacie

Articles de la semaine

ÉTATS-UNIS, DÉVELOPPEMENT D’UN SCORE DE PRÉDICTION DE L’INSUFFISANCE RÉNALE AIGUË PRÉCOCE AUX SOINS INTENSIFS PÉDIATRIQUES

Cette étude rétrospective a utilisé une banque de données tirée du dossier clinique informatisé d’une unité de soins intensifs pédiatriques tertiaire américaine de 24 lits (sans chirurgie cardiaque), pour développer un modèle de prédiction de l’insuffisance rénale aiguë précoce, soit dans les 72 heures de l’admission. L’objectif était de développer le modèle à partir de données disponibles rapidement dans les dossiers électroniques, afin qu’il puisse être intégré aux systèmes d’aide à la décision.

Les données de mai 2003 à mars 2015 ont été extraites pour l’étude. Pour être inclus, les patients devaient avoir un séjour de plus de 24 heures, être âgés de 1 mois à 21 ans, ne pas avoir d’insuffisance rénale aiguë à l’admission,d’insuffisance rénale chronique. Le modèle a été développé à l’aide d’une régression logistique multivariée à partir d’une liste de variables connues comme ayant un lien avec l’insuffisance rénale aiguë; à partir de 60% des données jusqu’au 31 mars 2012. Le 40% restant, ainsi que les données de avril 2012 jusqu’à la fin de l’étude ont été utilisées pour valider le modèle établi à l’aide de l’aire sous la courbe ROC et d’autres techniques statistiques.

3932 patients ont été inclus dans les données de dérivation, contre 2632 et 2832 dans les deux cohortes de validation. Le modèle établi a été appelé le Pediatric Early AKI Risk Score et inclut le statut post-opératoire, la survenue d’un arrêt cardiaque pré-admission, l’urée, le pH, les plaquettes, la bilirubine et l’âge. L’aire sous la courbe ROC était de 0,84 dans les données de dérivation, et 0,81 et 0,86 dans les données de validation.

Je trouve l’article intéressant car il se pourrait très bien que l’on voie d’autres initiatives similaires avec l’arrivée des dossiers électroniques. L’intérêt sera grand pour avoir des scores de prédiction à intégrer dans les systèmes d’aide à la décision qui sont autonomes à partir des données automatiquement collectées, et qui ne demandent pas d’intervention active de la part de l’utilisateur.

ANGLETERRE, CONTOURNEMENTS DANS LE FLOT DE TRAVAIL DE PRESCRIPTION ÉLECTRONIQUE EN ÉTABLISSEMENT DE SANTÉ

4548823_sCet article dérive d’une collecte de données qui a été utilisée dans un autre article dont j’ai déjà parlé. La méthode de collecte était donc la même, c’est simplement le cadre d’analyse qui a été modifié. Je ne reparlerai donc pas de celle-ci. L’objectif était de caractériser les contournements au flot de travail des logiciels de prescription électronique implantés dans des hôpitaux anglais, leur raison, et l’effet de ceux-ci sur les risques liés à l’utilisation de ces systèmes.

Trois raisons ont été identifiées aux contournements:

  • La variabilité et la complexité de la pratique médicale, et l’inadéquation du flot de travail imposé par le logiciel à la pratique dans certains cas particuliers (par exemple l’affichage de l’INR et de la dose actuelle de warfarine d’un patient sur des écrans différents, plutôt qu’ensemble).
  • La compensation pour l’augmentation de la charge de travail accrue causée par le logiciel.
  • Le changement des perceptions face à la responsabilité professionnelle liée au changement de système (par exemple le personnel senior qui délègue la responsabilité d’entrer l’information dans le système au personnel junior [aux résidents]).

La majorité des contournements observés consistaient en la transmission de données sur des supports intermédiaires, principalement le papier ou le courriel, plutôt que via le logiciel.

Enfin, l’effet de ces contournements sur les risques dépendait du type de contournement: formel ou informel. Les contournements formels étaient définis comme ceux qui émanaient des canaux officiels de l’organisation et qui visaient à mitiger un risque connu lié à une caractéristique du système. Les contournements informels étaient plutôt l’initiative du personnel, souvent afin d’améliorer l’efficacité perçue du flot de travail.

Pour les contournements formels, on note un effet en général positif sur les risques, tandis que les contournements informels avaient plutôt tendance à une augmentation des risques, en particulier lorsque le flot de travail du logiciel n’était pas suivi par l’utilisateur. Enfin, on note que l’utilisation concomitante de plusieurs systèmes (par exemple des systèmes différents dans diverses unités de soins d’un hôpital, ou un système papier à certains endroits et électroniques à d’autres, notamment durant le déploiement dy système électronique) représente également un risque.

FINLANDE, ATTITUDES DES OMNIPRATICIENS FACE À LA PRESCRIPTION ÉLECTRONIQUE EN COMMUNAUTÉ

Cette étude était un sondage envoyé à 269 omnipraticiens finlandais appartenant à deux organisations de santé. L’objectif était de décrire leur opinion face à la prescription électronique, leur perception de l’utilité d’une banque de données de prescriptions centralisée nationale, et de caractériser les déterminants de l’acceptation d’un tel système.

Le système centralisé national en place en Finlande ressemble énormément à ce qui existe au Québec avec le DSQ: la prescription faite par le médecin est envoyée dans une banque de données centralisée nationale à laquelle les pharmacies peuvent se connecter. La pharmacie choisie par le patient peut ainsi “télécharger” la prescription à partir du registre national. D’ailleurs, les auteurs citent plusieurs études québécoises sur le DSQ dans leurs références, incluant une dont j’ai déjà parlé.

69 médecins ont répondu (taux de réponse de 26%), avec une expérience d’utilisation du système moyenne de 7 ans. De manière peu surprenante, les médecins qui utilisaient le système plus fréquemment trouvaient son utilisation plus facile. Contrairement à l’étude québécoise, les médecins appréciaient la transmission électronique des ordonnances, en particulier pour les médicaments narcotiques; ils avaient l’impression que l’utilisation illicite était mieux contrôlée avec ce système. Environ deux tiers avaient l’impression que le système améliorait la sécurité de l’utilisation des médicaments.

Parmi les lacunes identifiées du système, les répondants ont relevé la lenteur, la nécessité de naviguer sur plusieurs pages pour rédiger des prescriptions, des difficultés pour obtenir une confirmation de transmission des ordonnances, des lacunes dans la formation, ainsi qu’une difficulté à gérer les exceptions, qui menaient souvent les médecins à simplement imprimer une ordonnance papier plutôt qu’à la transmettre électroniquement.

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Articles de la semaine

Articles de la semaine

ROYAUME-UNI, PROBLÈMES D’INTÉGRATION ET D’INTEROPÉRABILITÉ ENTRE LES DIVERS SYSTÈMES INFORMATIQUES IMPLANTÉS DANS LES HÔPITAUX

43122347_sIl s’agit d’une étude qualitative, multicentrique réalisée dans 6 hôpitaux du Royaume-Uni, qui avait pour but d’explorer les problèmes rencontrés par les hôpitaux durant l’implantation de systèmes informatiques, en particulier la prescription électronique avec aide à la décision, et les défis d’intégration des multiples systèmes en place. Deux approches ont été mises en relation, d’abord l’intégration des systèmes (4 hôpitaux), c’est-à-dire l’acquisition d’un logiciel intégré offrant de multiples fonctionnalités partageant la même infrastructure de données en back-end, comparativement à l’approche par interface (2 hôpitaux), c’est-à-dire l’acquisition de systèmes “best-of-breed” pour chaque tâche ou spécialité, et le développement local d’interfaces entre ces systèmes pour assurer leur interopérabilité.

Les chercheurs ont obtenu leurs données par quatre stratégies, d’abord avec 173 entrevues semi-structurées avec des intervenants impliqués dans le processus d’acquisition, d’implantation, dans l’utilisation et le support de ces systèmes, incluant plusieurs pharmaciens. Les entrevues étaient réalisées à deux ou trois points dans le temps selon l’évolution de l’implantation. La deuxième stratégie était 24 observations d’utilisation des systèmes (incluant en suivant des pharmaciens dans leur pratique) et de réunions stratégiques. La troisième était la lecture de 17 documents relatifs à l’implantation de ces systèmes, et la dernière stratégie était deux jours de table-ronde avec 22 intervenants impliqués dans le processus.

Les résultats démontrent sans surprise que chaque approche offre des avantages et inconvénients. Notamment, pour l’approche intégrée, on note un plus grand coût d’acquisition, une limitation des fonctionnalités pour chaque spécialité et un moins grand potentiel d’innovation, mais avec une plus grande disponibilité de l’information à travers les systèmes, une plus grande facilité d’utilisation et des coûts de maintenance plus faibles.

Pour l’approche par interface, on note une standardisation de l’information et des flots de travail plus difficile entre les systèmes, une certaine difficulté liée au développement et au maintien des interfaces, un plus grand nombre de contrats à maintenir, mais avec des produits individuels plus mature et souvent avec un meilleur support, une plus grande facilité à obtenir une interface de la part des fournisseurs, et une plus grande facilité à faire des changements dans les systèmes.

De manière plus générale, les thèmes dégagés de l’étude sont les suivants

  • Un transfert d’information difficile ou non fonctionnel entre les systèmes peut représenter un risque dans les soins au patient.
  • La présentation de toute l’information nécessaire provenant de divers systèmes pour la réalisation d’une tâche (par exemple voir les résultats de laboratoire pertinents au moment de prescrire) est optimale.
  • L’interopérabilité des systèmes est un défi technique important, la qualité du lien entre les systèmes est importante pour la qualité des soins.
  • Étant donné que même les systèmes intégrés n’offrent pas de solution à tous les problèmes et ne rejoignent pas toutes les spécialités, une stratégie combinant les deux approches (un système central relié à divers systèmes de spécialité pour les fonctionnalités non offertes dans le système central, supporté par des interfaces bidirectionnelles performantes) est probablement la meilleure approche.

ÉTATS-UNIS, ARTICLE DE REVUE SUR L’INFORMATISATION DES SOINS INTENSIFS PÉDIATRIQUES

Cet article de revue, écrit par un médecin d’un hôpital de Pittsburgh, est plutôt bref mais présente un survol rapide de quelques technologies évaluées en soins intensifs pédiatriques, de même qu’une perspective sur les possibles développements futurs.

Les sujets abordés sont

  • Les dossiers médicaux électroniques: les approches sont variées mais l’objectif demeure généralement le même, c’est-à-dire obtenir un seul registre électronique de l’ensemble des données d’un patient, qui peut être partagé électroniquement et accessible pour l’ensemble des intervenants impliqués dans les soins du patient, de manière à améliorer la qualité des soins.
  • La prescription électronique: l’objectif est d’avoir un système permettant la saisie électronique d’ordonnances et l’aiguillage pour une transmission électronique vers le secteur approprié pour exécution de l’ordonnance (pharmacie, imagerie, laboratoire). Le succès et les gains associés à cette technologie sont cependant hautement dépendants de facteurs locaux. L’auteur présente d’ailleurs des exemples de succès et d’échec.
  • L’aide à la décision: l’utilisation des données électroniques d’un patient pour l’affichage de suggestions ou d’alertes dans le flot de travail clinique, notamment pour les allergies, les interactions médicamenteuses, les doses (en particulier en pédiatrie), et les ajustements selon la condition clinique. On peut aussi ajouter à ce concept la surveillance des antimicrobiens, et la vaccination par exemple.
  • La télémédecine: la surveillance et la consultation à distance, en particulier dans les contextes d’hôpitaux régionaux, pour permettre un accès à des soins plus spécialisés sans devoir déplacer le patient.
  • La présentation des données: en raison de la grande quantité de données collectées et stockées électroniquement par l’appareillage médical collecté, il devient nécessaire d’offrir une manière de présenter cette information de manière agrégée et résumée pour qu’elle soit utilisable par les cliniciens.
  • Big Data et l’analytique prédictive: l’analyse de données à un niveau encore plus élevé en utilisant des techniques plus sophistiquées permet l’analyse de tendances, de santé populationnelle et de surveillance des maladies. Ces techniques permettent également le développement d’indices de la condition des patients qui permettent d’alerter en temps réel d’une détérioration aiguë (par exemple indice Rothman [Rothman index]).

L’article est intéressant et conclut que les technologies telles que celles décrites deviennent de plus en plus une partie intégrante des soins offerts dans les hôpitaux, il devient impensable de passer une journée sans un système fonctionnel. (ajout de ma part: il faut que l’infrastructure en place supporte cela, trop souvent on a l’impression que la technologie est perçue comme un outil optionnel et que l’on peut simplement revenir à la dactylo lorsque ça plante, ce n’est plus le cas !) Si j’ai une critique de l’article à formuler, c’est que la perspective est très médicale et que l’on aborde pas plusieurs technologies qui visent à améliorer la qualité des soins sans nécessairement passer par le travail du médecin, et qui sont pourtant incontournables pour le futur, par exemple l’administration des médicaments assistée par code-barre.

ÉTATS-UNIS, alerte POUR RÉDUIRE LA PRESCRIPTION INAPPROPRIÉE DE CARBAPÉNEMeS CHEZ LES PATIENTS DÉCLARANT UNE ALLERGIE À LA PÉNICILLINE

Cette étude provient du département de pharmacie d’un petit hôpital communautaire du Veterans Affairs américain situé en Idaho. Le texte complet est disponible gratuitement sur PubMed Central. Dans le contexte d’une augmentation observée des initiations de carbapénèmes antipseudomonales, les auteurs ont voulu évaluer l’impact d’une alerte informatisée afin de limiter l’utilisation de ces molécules lorsque leur seule raison d’utilisation était une allergie à la pénicilline inscrite au dossier. En effet, on sait que l’incidence réelle d’allergie IgE-médiée aux bêta-lactames est faible en relation avec le taux de déclaration d’allergies par les patients, qui est d’environ 10%. Les auteurs visaient à orienter les prescripteurs plutôt vers une céphalosporine anti-pseudomonale plutôt qu’une carabapénème.

L’intervention consistait en l’affichage, lors de la prescription électronique, d’une alerte indiquant les indications autorisées pour la prescription de carbapénènes, incluant la mention que l’allergie aux pénicillines était une indication seulement en présence d’allergie à haut risque de réactivité croisée (histoire précédente de réaction IgE-médie soit urticaire, flushing, serrement de gorge, hypotension ou choc anaphylactique). Si le prescripteur choisissait de prescrire le médicament, une raison d’utilisation devait être documentée dans l’ordonnance. Une conférence de formation a été offerte de manière concomitante à l’implantation de l’alerte.

Un devis de type pré-post a été utilisé. 68 initiations de carbapénèmes ont été recensées durant la période de 13 mois pré, comparativement à 59 initiations durant la période de 15 mois post. Environ 57% des patients inclus avaient une allergie à la pénicilline inscrite au dossier, cependant 93% étaient à faible risque d’une réaction allergique selon les auteurs.

Les auteurs ont observé une baisse de la fréquence d’initiation de carbapénèmes anti-pseudomonales (-0,60 initiations par 1000 patients-jours de différence entre la période pré et post, p=0,03). Cependant, la fréquence d’allergie à la pénicilline chez les patients qui ont eu une prescription n’a pas baissé de manière significative (60,3% vs 54,2%, p=0,59), de même que le taux d’allergie de faible risque chez les patients avec une prescription (55,9% vs 44,1%, p=0,21). Les auteurs soulignent l’absence d’évaluation des indications des carbapénèmes hors l’allergie à la pénicilline, et le petit nombre de patients parmi les limites de l’étude.

On peut donc voir un certain effet de l’alerte électronique, même si celui-ci ne semble pas d’une grande ampleur.

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Articles de la semaine

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“BIG DATA” ET L’analytique EN PÉDIATRIE

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Cet article de revue offre une perspective sur l’apport de l’analyse du grand volume de données générées par les soins de santé informatisés, dans le contexte de la pédiatrie.

La définition de l’analytique (analytics) offerte par l’auteur est l’analyse systématique de données, combinée à des facteurs qualitatifs et quantitatifs, pour aider à la prise de décisions. Évidemment, avec l’arrivée des dossiers médicaux électroniques, de l’appareillage médical connecté, et l’augmentation de la puissance des ordinateurs, le système de santé, et même l’industrie de la santé dans son ensemble, n’échappera pas à cette tendance.

L’auteur présente quelques réflexions sur ce sujet:

  • L’aide à la décision est une forme primitive d’analytique; en particulier les systèmes basés sur des règles pour alerter les cliniciens semblent avoir un effet bénéfique lorsque bien exécutées. Un exemple donné est un indice de détérioration des patients combiné à une alerte électronique mis en place dans un dossier électronique.
  • Plus avancés sont les systèmes de suivi de la performance pour des problèmes de santé, des clientèles, des unités de soins, des hôpitaux ou des situations cliniques particulières (par exemple les réadmissions). Des exemples sont donnés dans l’article, par exemple un tableau de bord pour suivre les soins offerts pour les appendicites, ou encore pour l’état de santé de la population desservie par un hôpital.
  • Les organisations de santé devront se doter d’une architecture permettant de supporter l’analytique, notamment des banques de données et de l’espace pour stocker toute cette information. Le filtrage, le tri et l’analyse des données demanderont des technologies particulières et du personnel formé pour effectuer cela de manière adéquate.
  • Une autre application évidente est la génomique, et l’analyse des immenses ensembles de données générés par l’analyse de génomes.

L’article termine en parlant du développement d’une spécialisation médicale en informatique clinique. Comme je l’ai déjà mentionné dans le passé, je suis convaincu qu’une spécialisation en informatique clinique au niveau de la pharmacie verra également le jour, car la pratique de la pharmacie n’échappera pas à l’informatisation de la santé.

CANADA, ADOPTION DES DOSSIERS MÉDICAUX ÉLECTRONIQUES

Cet article a été écrit par deux auteurs pharmaciens, mais parle de l’adoption des dossiers médicaux électroniques par les médecins, on comprend qu’on parle surtout de pratique en communauté (primary care). L’article est disponible en texte complet gratuitement sur PubMed Central. L’objectif était de décrire l’état d’adoption des dossiers électroniques au Canada, ce qui recoupe un autre article dont j’ai déjà parlé (mais il n’est pas cité…)

Les auteurs ont effectué une revue de littérature médicale combinée à une recherche de littérature grise (les sites web des provinces, ainsi que des organismes fédéraux incluant Inforoute Santé du Canada. 12 articles ont été retrouvés dans la littérature médicale, le reste des données provient de la littérature grise.

En 2012-2013, le Québec semblait être en dernière ou avant-dernière place (derrière l’Île-du-Prince-Édouard), avec un taux d’adoption autour de 30 à 40%. Comparativement, la moyenne canadienne était autour de 60% (selon l’autre article mentionné plus haut, c’était 77% en 2014, ce qui semble cohérent).

Parmi les barrières à l’adoption des dossiers électroniques notés dans cet article, on note le manque de formation à l’usage de cette technologie, le manque de compréhension des capacités des logiciels et l’interopérabilité déficiente, par exemple la nécessité d’envoyer des prescriptions par fax, ou de numériser des consultations ou des rapports de laboratoire dans le système.

À propos de la prescription électronique dans de tels systèmes, on mentionne que le Canada est 7ème sur 10 avec une moyenne de 43% des médecins qui utilisent cette technologie, comparativement à 98% aux Pays-Bas et 77% en Allemagne. Étrangement, l’article mentionne que seul le Québec permet la transmission électronique d’ordonnances vers les pharmacies, ce qui ne me semble pas être la réalité actuelle, bien que ça semble être théoriquement possible selon un article que j’ai mentionné en novembre dernier. En fait, selon une entrevue sur la prescription électronique diffusée récemment sur la Première Chaîne de Radio-Canada, l’infrastructure de transmission électronique serait en place.

Il semble donc que bien qu’on soit un peu en retard, on avance dans la bonne direction !

Royaume-Uni, indicateurs d’erreurs de prescription en pédiatrie

Cet article, d’auteurs pharmaciens, visait à établir une liste d’indicateurs d’erreurs de prescription dans le contexte de la prescription électronique dans un hôpital pédiatrique. Une approche Delphi a été employée.

D’abord, un panel d’experts pédiatres et pharmaciens en pédiatrie a été constitué, avec 24 personnes, dont 21 ont collaboré jusqu’au bout (8 pharmaciens, 13 pédiatres). Une revue de la littérature a été menée pour identifier les indicateurs soumis au panélistes pour révision, soit:

  • Les publications similaires en pratique adulte
  • La littérature spécifique à la pédiatrie
  • Les données des systèmes de déclaration nationaux au Royaume-Uni
  • Les données des pharmacies et établissements participant au projet
  • Les alertes nationales

Les panélistes pouvaient également soumettre des indicateurs pour inclusion dans l’évaluation. Les critères inclus devaient refléter une vraie erreur de prescription, et non une erreur de préparation, de sélection de médicament ou d’administration. En fait, les critères ainsi établis avaient pour objectif de servir à évaluer si les systèmes de prescription électronique permettaient de diminuer les erreurs ayant une réelle capacité de causer des événements indésirables atteignant le patient, pas seulement des erreurs inconséquentielles. À chaque ronde, les indicateurs ont été cotés selon la probabilité que l’erreur se produise et les conséquences de celle-ci, à partir d’une matrice à 2 dimensions (probabilité-sévérité).

Après deux rondes, 179 indicateurs ont été évalués pour aboutir à une liste finale de 41 indicateurs. Pour chaque indicateur, le détail de l’erreur, des conséquences possibles, du type d’erreur et du niveau de consensus sont présentés.

En lisant la liste, je dois dire que je suis plutôt d’accord que ce qui est proposé a une importance clinique réelle. C’est d’ailleurs d’actualité: un rapport récent du groupe Leapfrog aux États-Unis affirme que les systèmes de prescription électronique laissent passer des erreurs graves. Ce rapport a d’ailleurs été assez médiatisé. Cependant, ce que je ne vois pas dans la méthode de l’évaluation du groupe Leapfrog, c’est quels autres systèmes étaient en place dans les établissements évalués pour intercepter les erreurs à part le système de prescription électronique. Et il s’agit d’une simulation, on ne dit pas si les erreurs ainsi simulées se sont produites réellement. Bien sûr, ce n’est pas une excuse, les fonctionnalités d’aide à la décision devraient être activées et adéquates dans les logiciels de prescription électronique, mais c’est beaucoup plus facile d’évaluer un seul système pris isolément, surtout en simulation, que d’évaluer l’ensemble des mesures de sécurité mises en place à travers tout le circuit du médicament.

On sait que le taux d’erreurs graves qui se rendent au patient dans les établissements de santé est assez bas. Bien sûr, les erreurs non interceptées peuvent être lourdes de conséquences, et c’est pourquoi toutes sortes de processus sont mis en place pour intercepter les erreurs à diverses étapes, que l’on pense à la présence de pharmaciens sur les unités de soins, à la validation pharmaceutique centralisée et l’administration des médicaments assisté par code-barre. En terme d’évaluation de l’efficacité de ces systèmes, il est plus facile de suivre les erreurs de toutes sévérités interceptées à une ou plusieurs étapes, que de suivre les erreurs non interceptées, puisque celles-ci sont moins nombreuses. C’est pourquoi on voit souvent des études où on parle d’erreurs interceptées, où la majorité sont de sévérité mineure. Si on voulait faire une étude avec les indicateurs proposés dans cette étude, il faudrait que l’étude soit très longue, ou qu’elle soit faite dans un grand nombre d’hôpitaux, pour attraper assez d’erreurs pour que les données veulent dire quelque chose.

Crédit image: kentoh / 123RF Stock Photo

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