Affiches présentées à l’Événement des pharmaciens 2017

Je n’ai malheureusement pas pu assister à l’Événement des pharmaciens 2017, congrès qui réunissait l’Association des Pharmaciens des Établissements de Santé (APES) du Québec et l’Ordre des Pharmaciens du Québec, entre autres. Cependant, les affiches présentées dans le cadre de ce congrès via l’APES ont été récemment publiées dans le Pharmactuel.

Je vous présente ici les données tirées des affiches traitant de l’utilisation de la technologie dans les pharmacies d’établissement de santé.

Temps requis pour la vérification par code-barre des services quotidiens

Un groupe du CISSS de Laval a comparé le temps requis pour la préparation des services quotidiens de médicaments par la méthode traditionnelle (feuilles de travail imprimées) par rapport à une méthode assistée par code-barre. Le temps de préparation requis pour l’assistant-technique préparateur et le nombre d’erreurs ont été collectées. 614 doses ont été évaluées par la méthode traditionnelle et 471 pour le code-barre, avec un temps moyen de 8,2 secondes par méthode traditionnelle contre 14,3 secondes par code-barres. Cependant, moins d’erreurs ont été constatées avec le code-barre. J’espère que cette étude sera publiée en texte complet car les résultats sont intéressants; j’imagine que l’effet observé est hautement dépendant du flux de travail (« workflow ») imposé par le système informatique, il serait intéressant de connaître les étapes limitantes et de réfléchir à la possibilité de les raccourcir. Il faut aussi noter que le temps calculé ne semble pas tenir en compte le temps de double vérification, soit par un autre assistant-technique dans le cadre d’une délégation, soit par un pharmacien, qui pourrait être réduit même si le temps de préparation augmente.

Sondage québécois sur l’utilisation du code-barre dans le circuit du médicament

La même équipe (j’imagine dans le cadre du même projet) a effectué un sondage québécois sur l’utilisation du code-barres dans le circuit du médicament, du 14 au 23 mars 2017. Tous les chefs de département de pharmacie listés à l’APES ont été contactés, soit 100 personnes. 35 ont répondu (35%). Seulement 5,7% des établissements n’ont aucune étape du circuit utilisant le code-barre, et 54% utilisent le code-barre pour la préparation des services quotidiens de médicaments. Ces données viennent complémenter les données québécoises du dernier sondage sur la pharmacie hospitalière datant de 2013-2014.

Chronométrage des activités du pharmacien dans une clinique externe d’oncologie

Cette étude ne ciblait pas la technologie à proprement parler, mais elle comporte des données quand même intéressantes dans ce contexte. Pendant 8 jours en mai 2016, les activités des pharmaciens à la clinique externe d’oncologie d’un hôpital du CHUM ont été chronométrées. Les données détaillées sont dans l’affiche, mais je trouve intéressant de souligner que 31,3% du temps était consacré à des activités non planifiées, comme des réponses aux appels et aux questions. Dans le contexte de la validation centralisée, une proportion significative du temps du pharmacien est justement consacrée à répondre à des questions et à des appels téléphoniques, et cette donnée pourrait servir de comparateur pour le temps passé à cette activité, en gardant en tête qu’il s’agit ici d’une clinique externe et non d’une pharmacie centrale.

Fiabilité du DSQ et du profil de pharmacie communautaire comparés à l’histoire médicamenteuse pour la prescription à l’urgence

Un groupe du CISSS Montérégie-Centre a évalué le nombre de divergences entre les listes extraites du DSQ, les profils de pharmacie communautaire et les histoires médicamenteuses faites en personne chez 250 patients admis ou en observation à l’urgence de l’hôpital Charles-Lemoyne. 1010 divergences ont été notées au DSQ et 714 au profil de pharmacie communautaire, cependant la potentiel de sévérité des divergences observées n’était pas significativement différent entre les deux méthodes. Il s’agit encore ici d’une étude pour laquelle le texte complet serait intéressant à obtenir dans le futur, car ces données viennent compléter d’autres déjà publiées sur le sujet.

Identification des combinaisons inhabituelles de médicaments

Cette étude de type preuve de concept visait à développer un algorithme de détection de combinaisons inhabituelles de médicaments, à partir d’une matrice de probabilité de combinaisons de médicaments dans les dossiers pharmacologiques historiques d’un établissement de santé. Il s’agit d’un exemple relativement simple de machine learning appliqué à la pharmacie. Une étude sur le machine learning pour la détection d’interactions médicamenteuses a d’ailleurs déjà été publiée, il s’agit ici de la première étude sur cette technique qui pourrait s’appliquer à la validation d’ordonnances, à ma connaissance. L’application pratique d’un tel algorithme serait d’indiquer au pharmacien la présence de combinaisons inhabituelles au dossier sur la base de ce qui a été validé dans le passé, ceci afin d’identifier rapidement des erreurs de saisie (par exemple des médicaments Look-Alike, Sound-Alike qui auraient été confondus à la prescription ou à la transcription).

La validation centralisée d’ordonnances en pharmacie d’établissement doit être repensée, en particulier dans le contexte de l’arrivée de la prescription électronique avec aide à la décision. Le machine learning est une avenue intéressante pour améliorer le processus, j’ai bien hâte de voir le développement de cette technique dans le futur.

Obtention d’histoires médicamenteuses pour la warfarine à l’aide de PharmaNet en Colombie-Britannique

Cet article décrit l’implantation dans un hôpital tertiaire adulte de la Colombie-Britannique d’un processus de bilan comparatif des médicaments basé sur le système PharmaNet, une banque de données des services de médicaments par les pharmacies communautaires, une sorte d’équivalent de la section médicaments du DSQ au Québec. Les auteurs se sont intéressés à l’impact de cette implantation sur l’exactitude des informations obtenues pour la warfarine. L’étude a été réalisée avec un devis de type pré-post, la phase pré étant du 1er octobre 2009 au 26 février 2012 et la phase post du 27 février 2012 au 31 juillet 2014.

100 patients prenant de la warfarine parmi les admissions en médecine interne ont été choisis aléatoirement parmi chaque phase, cependant les patients n’arrivant pas de la communauté, ceux qui sont partis dans les 24h suivant l’admission, les patients sans formulaire de bilan comparatif rempli, et les patients admis pour chirurgie, aux soins intensifs, ou avec thromboembolie ou saignements, ont été exclus. À noter que je ne comprends pas trop ces critères d’exclusion, il me semble justement que l’obtention d’une histoire médicamenteuse exacte pour la warfarine est d’autant plus importante lorsque la raison d’admission est une thromboembolie ou un saignement, et le fait d’être admis pour chirurgie ou aux soins intensifs ne devrait pas affecter le processus de bilan comparatif à l’admission…

L’issue primaire était la documentation complète de la posologie de warfarine prise par le patient (dose et fréquence). Cependant comme la warfarine est prise une fois par jour, les auteurs ont réalisé une sous-analyse avec seulement la documentation de la dose.

Les caractéristiques des patients étaient similaires entre les groupes. Le taux de documentation complète de la posologie de warfarine était 65% à la phase pré contre 84% à la phase post (p=0,002). En considérant uniquement la dose, ces taux étaient de 81% en pré et 91% en post (p=0,042). Fait à noter, 38 patients avaient des posologies vagues de warfarine dans PharmaNet (par exemple « prendre tel que prescrit ») et de ceux ci seulement 11 (29%) ont eu une documentation adéquate de la posologie lors du bilan comparatif, contre 87% des patients qui avaient une posologie claire de warfarine dans PharmaNet. À noter également que pour 23 (61%) de ces 38 patients, le médecin a prescrit de poursuivre la warfarine selon la posologie de PharmaNet, alors que cette posologie ne permettait pas de savoir quoi donner au patient.

Comme cet article cible uniquement la warfarine, et avec des critères d’exclusion très stricts, il est difficile de tirer des conclusions plus larges. Cependant, les auteurs mentionnent plusieurs éléments dans la discussion qui vont dans le même sens que les articles rédigés au Québec sur l’utilisation du DSQ pour la represcription et le bilan comparatif à l’admission. À savoir, les informations obtenues via une telle plateforme ne sont en pas suffisantes et doivent être confirmées avec le patient, puisque la prise réelle de médicaments peut largement différer de ce qui est inscrit. Les auteurs mentionnent qu’ils observent une trop grande dépendance des prescripteurs à l’information obtenue électroniquement par rapport à un entretien avec le patient; ce que l’on observe aussi en pratique avec le DSQ.

Nouvel article sur l’utilisation du DSQ pour les ordonnances initiales à l’urgence

Cet article est le troisième à ma connaissance sur l’utilisation des données du DSQ pour la rédaction d’ordonnances dans le cadre du bilan comparatif des médicaments à l’admission. Le premier était dans le contexte de la pédiatrie et le deuxième en adulte. Dans ce deuxième article, on évaluait en particulier un nouvel outil de Cristal-Net permettant l’affichage des informations du DSQ directement dans le dossier clinique informatisé de manière à faciliter la represcription à l’urgence, souvent avant l’élaboration du MSTP et la réalisation du bilan comparatif.

Cette nouvelle étude a aussi été réalisée au CHU de Québec mais sur un site différent (à l’hôpital Enfant-Jésus plutôt qu’à l’Hôtel-Dieu) et après l’autre étude, soit du 6 au 31 juillet 2015. À cet hôpital, contrairement à celui de l’étude précédente, le processus de BCM en place antérieurement incluait la saisie des informations transmises par les pharmacies communautaires dans le système d’information pharmacie comme étape initiale pour la réalisation du BCM.

Les patients installés sur civière à l’urgence durant la période de collecte qui ont eu une ordonnance rédigée à partir de l’outil informatique du DSQ dans Cristal-Net et qui ont eu un profil pharmacologique de leur pharmacie communautaire versé au dossier ont été inclus, et ont été suivis jusqu’à la fin de leur hospitalisation. Les divergences ont été notées et catégorisées, et les problèmes d’utilisation de l’outil informatique ont été notés.

118 patients ont été inclus, dont 59 ont été admis. L’âge moyen était de 70±15,8 ans. 1617 médicaments ont été relevés sur les formulaires et 867 ont été represcrits, pour une moyenne de 7,3±4,5 médicaments prescrits par formulaire. 17 duplications ont été identifiées et 8 ordonnances ont été faites pour des médicaments non renouvelés depuis plus de 90 jours. 111 patients avec profil de pharmacie communautaire au dossier ont été inclus pour l’analyse des divergences, dont 58 admis. Fait intéressant, dans 46,6% des cas, le formulaire d’ordonnances a été imprimé après l’obtention du profil de pharmacie communautaire.

641 divergences ont été identifiées, dont 13,1% étaient intentionnelles et documentées, 70% intentionnelles et non documentées, et 16,8% non intentionnelles. En contraste, dans l’étude précédente, plus de la moitié des divergences intentionnelles étaient documentées. La majorité des divergences non intentionnelles concernaient des médicaments absents du DSQ. À la fin de l’étude, 42,4% des divergences intentionnelles non documentées ou non intentionnelles ont été résolues, dont 84,3% de celles-ci dans les 24 heures de l’admission. 42,2% des divergences ont été résolues par les équipes médicales, 4,4% par les urgentologiques et 53,3% par les pharmaciens.

Les auteurs notent que depuis la mise en place de ce processus, une justification est maintenant requise pour la prescription de médicaments à haut risque, afin de sécuriser le processus. Élément très important à souligner, 83,3% des divergences non intentionnelles ont été résolues suite à l’intervention des pharmaciens à la distribution dans cette étude (comparativement à 30,4% dans l’étude précédente), ce que les auteurs attribuent à une meilleure connaissance de l’outil que dans le précédent projet.

Je trouve cette étude intéressante car elle ajoute aux connaissances sur l’impact du DSQ en pratique comme outil de prescription lors de l’arrivée à l’urgence et lors de l’admission. Ce qui est clair, c’est que cet outil constitue un point de départ intéressant pour la réalisation du MSTP et du BCM, mais qu’il ne doit pas être utilisé seul et qu’il ne faut certainement pas s’y fier aveuglément. De plus, la vigilance des pharmaciens de la distribution, lors de la validation des ordonnances d’admission, est nécessaire pour l’identification d’éventuelles divergences.