Facteurs favorisant l’utilisation nationale des données de santé en Écosse

Cet article un peu obscur provient d’Écosse, et décrit les résultats d’un focus group des parties prenantes de l’implantation d’un système national électronique pour la prescription et l’administration des médicaments dans cette région. L’objectif de cette discussion était de faire ressortir les éléments importants pour assurer la qualité des données nationales sur ce sujet, avec pour objectif ultime d’assister la prise de décision politique et administrative sur le système de santé. Ce contexte est certes un peu lourd, mais les thèmes dégagés me semblent intéressants et applicables à la situation québécoise où l’informatisation du système de santé est enclenchée.

Des participants occupant des positions senior dans le système de santé, et ayant des fonctions touchant à l’informatisation ont été approchées, notamment des représentants des médecins, pharmaciens et infirmières, des associations de patients, des fournisseurs et des dirigeants. Un guide des sujets de discussion a été remis aux participants, comportant quatre thèmes: les expériences internationales, l’expérience écossaise avec l’implantation d’un système de cancérologie, les besoins dans des secteurs à développer (contrôle de la douleur, surveillance des antimicrobiens), et les implications politiques et stratégiques. La discussion a été enregistrée, transcrite et analysée de manière qualitative.

36 personnes ont été approchées et 21 ont participé à la journée de discussion. Les idées principales dégagées sont en lien avec des facteurs à trois niveaux:

  • Niveau micro
    • La nécessité d’avoir des logiciels flexibles s’intégrant au flot de travail, potentiellement complexe, des utilisateurs.
    • La nécessité d’offrir une interface intuitive qui ne ralentit pas le travail.
    • La disponibilité de données de performance en feedback pour les utilisateurs.
    • Offrir aux utilisateurs la preuve que les données collectées fonctionnent pour l’amélioration du système.
  • Niveau meso
    • S’assurer que les ressources pour le maintien des infrastructures technologiques soient prévues.
    • Développer la capacité de gestion du changement et d’analyse de données nécessaire pour gérer cette information.
  • Niveau macro
    • Avoir une banque de données nationale pour permettre la collecte et l’analyse centralisée.
    • Prévoir une interopérabilité des systèmes à l’aide de standards technologiques.
    • Avoir des systèmes en place pour le feedback de données aux organisations locales.

La discussion de l’article est intéressante et présente des recommandations pour des stratégies nationales découlant de ces idées.

Je trouve cet article intéressant parce que les idées exprimées sont importantes, dans le sens où l’informatisation du système de santé amène un flot de nouvelles données électroniques qui n’étaient pas disponibles auparavant, du moins pas en cette quantité et avec autant de facilité. Les idées dégagées au niveau micro permettent de s’assurer que les données collectées par les utilisateurs soient de qualité, en leur offrant la preuve que celles-ci sont réellement utiles. Au niveau meso, on s’assure qu’il soit possible de collecter et analyser ces données efficacement et au niveau macro, on permet le traitement de ces données de manière centralisée.

 

Stratégie de gestion de données en pharmacie

Cet article décrit l’expérience de 7 auteurs en gestion de données dans le contexte de quelques organisations de soins de santé américaines. Ceux-ci font des propositions relativement à la gestion des données des départements de pharmacie. L’article a un fond intéressant mais est écrit d’une manière plutôt lourde, avec trop de buzzwords. Néanmoins, dans le contexte québécois, avec l’arrivée potentielle du financement à l’activité, ce genre de stratégie devrait être connu des départements de pharmacie qui doivent se positionner pour garder un contrôle sur leurs données et surtout sur pour s’assurer que celles-ci soit interprétées correctement.

Quelques points clés mentionnés sont:

  • Les départements de pharmacie doivent se préparer à fournir des données à la direction de leur organisation, et il doit y avoir une capacité du département à agir en fonction des conclusions tirées à partir de ces données, ce qui suppose un support et des ressources fournies par l’administration au département de pharmacie.
  • Il doit y avoir des experts à l’intérieur du département de pharmacie qui sont capables d’examiner les données et de les valider avant que celles-ci soient diffusées. Ces experts doivent avoir une formation adéquate et un accès complet aux outils de gestion de données de l’organisation.
  • L’interprétation des données issues de la pharmacie doit être faite par des gens qui comprennent bien le contexte de celles-ci, par exemple par un tandem composé d’un analyste de la direction et d’un pharmacien expert en analyse de données.

Articles de la semaine

ROYAUME-UNI, PROBLÈMES D’INTÉGRATION ET D’INTEROPÉRABILITÉ ENTRE LES DIVERS SYSTÈMES INFORMATIQUES IMPLANTÉS DANS LES HÔPITAUX

43122347_sIl s’agit d’une étude qualitative, multicentrique réalisée dans 6 hôpitaux du Royaume-Uni, qui avait pour but d’explorer les problèmes rencontrés par les hôpitaux durant l’implantation de systèmes informatiques, en particulier la prescription électronique avec aide à la décision, et les défis d’intégration des multiples systèmes en place. Deux approches ont été mises en relation, d’abord l’intégration des systèmes (4 hôpitaux), c’est-à-dire l’acquisition d’un logiciel intégré offrant de multiples fonctionnalités partageant la même infrastructure de données en back-end, comparativement à l’approche par interface (2 hôpitaux), c’est-à-dire l’acquisition de systèmes “best-of-breed” pour chaque tâche ou spécialité, et le développement local d’interfaces entre ces systèmes pour assurer leur interopérabilité.

Les chercheurs ont obtenu leurs données par quatre stratégies, d’abord avec 173 entrevues semi-structurées avec des intervenants impliqués dans le processus d’acquisition, d’implantation, dans l’utilisation et le support de ces systèmes, incluant plusieurs pharmaciens. Les entrevues étaient réalisées à deux ou trois points dans le temps selon l’évolution de l’implantation. La deuxième stratégie était 24 observations d’utilisation des systèmes (incluant en suivant des pharmaciens dans leur pratique) et de réunions stratégiques. La troisième était la lecture de 17 documents relatifs à l’implantation de ces systèmes, et la dernière stratégie était deux jours de table-ronde avec 22 intervenants impliqués dans le processus.

Les résultats démontrent sans surprise que chaque approche offre des avantages et inconvénients. Notamment, pour l’approche intégrée, on note un plus grand coût d’acquisition, une limitation des fonctionnalités pour chaque spécialité et un moins grand potentiel d’innovation, mais avec une plus grande disponibilité de l’information à travers les systèmes, une plus grande facilité d’utilisation et des coûts de maintenance plus faibles.

Pour l’approche par interface, on note une standardisation de l’information et des flots de travail plus difficile entre les systèmes, une certaine difficulté liée au développement et au maintien des interfaces, un plus grand nombre de contrats à maintenir, mais avec des produits individuels plus mature et souvent avec un meilleur support, une plus grande facilité à obtenir une interface de la part des fournisseurs, et une plus grande facilité à faire des changements dans les systèmes.

De manière plus générale, les thèmes dégagés de l’étude sont les suivants

  • Un transfert d’information difficile ou non fonctionnel entre les systèmes peut représenter un risque dans les soins au patient.
  • La présentation de toute l’information nécessaire provenant de divers systèmes pour la réalisation d’une tâche (par exemple voir les résultats de laboratoire pertinents au moment de prescrire) est optimale.
  • L’interopérabilité des systèmes est un défi technique important, la qualité du lien entre les systèmes est importante pour la qualité des soins.
  • Étant donné que même les systèmes intégrés n’offrent pas de solution à tous les problèmes et ne rejoignent pas toutes les spécialités, une stratégie combinant les deux approches (un système central relié à divers systèmes de spécialité pour les fonctionnalités non offertes dans le système central, supporté par des interfaces bidirectionnelles performantes) est probablement la meilleure approche.

ÉTATS-UNIS, ARTICLE DE REVUE SUR L’INFORMATISATION DES SOINS INTENSIFS PÉDIATRIQUES

Cet article de revue, écrit par un médecin d’un hôpital de Pittsburgh, est plutôt bref mais présente un survol rapide de quelques technologies évaluées en soins intensifs pédiatriques, de même qu’une perspective sur les possibles développements futurs.

Les sujets abordés sont

  • Les dossiers médicaux électroniques: les approches sont variées mais l’objectif demeure généralement le même, c’est-à-dire obtenir un seul registre électronique de l’ensemble des données d’un patient, qui peut être partagé électroniquement et accessible pour l’ensemble des intervenants impliqués dans les soins du patient, de manière à améliorer la qualité des soins.
  • La prescription électronique: l’objectif est d’avoir un système permettant la saisie électronique d’ordonnances et l’aiguillage pour une transmission électronique vers le secteur approprié pour exécution de l’ordonnance (pharmacie, imagerie, laboratoire). Le succès et les gains associés à cette technologie sont cependant hautement dépendants de facteurs locaux. L’auteur présente d’ailleurs des exemples de succès et d’échec.
  • L’aide à la décision: l’utilisation des données électroniques d’un patient pour l’affichage de suggestions ou d’alertes dans le flot de travail clinique, notamment pour les allergies, les interactions médicamenteuses, les doses (en particulier en pédiatrie), et les ajustements selon la condition clinique. On peut aussi ajouter à ce concept la surveillance des antimicrobiens, et la vaccination par exemple.
  • La télémédecine: la surveillance et la consultation à distance, en particulier dans les contextes d’hôpitaux régionaux, pour permettre un accès à des soins plus spécialisés sans devoir déplacer le patient.
  • La présentation des données: en raison de la grande quantité de données collectées et stockées électroniquement par l’appareillage médical collecté, il devient nécessaire d’offrir une manière de présenter cette information de manière agrégée et résumée pour qu’elle soit utilisable par les cliniciens.
  • Big Data et l’analytique prédictive: l’analyse de données à un niveau encore plus élevé en utilisant des techniques plus sophistiquées permet l’analyse de tendances, de santé populationnelle et de surveillance des maladies. Ces techniques permettent également le développement d’indices de la condition des patients qui permettent d’alerter en temps réel d’une détérioration aiguë (par exemple indice Rothman [Rothman index]).

L’article est intéressant et conclut que les technologies telles que celles décrites deviennent de plus en plus une partie intégrante des soins offerts dans les hôpitaux, il devient impensable de passer une journée sans un système fonctionnel. (ajout de ma part: il faut que l’infrastructure en place supporte cela, trop souvent on a l’impression que la technologie est perçue comme un outil optionnel et que l’on peut simplement revenir à la dactylo lorsque ça plante, ce n’est plus le cas !) Si j’ai une critique de l’article à formuler, c’est que la perspective est très médicale et que l’on aborde pas plusieurs technologies qui visent à améliorer la qualité des soins sans nécessairement passer par le travail du médecin, et qui sont pourtant incontournables pour le futur, par exemple l’administration des médicaments assistée par code-barre.

ÉTATS-UNIS, alerte POUR RÉDUIRE LA PRESCRIPTION INAPPROPRIÉE DE CARBAPÉNEMeS CHEZ LES PATIENTS DÉCLARANT UNE ALLERGIE À LA PÉNICILLINE

Cette étude provient du département de pharmacie d’un petit hôpital communautaire du Veterans Affairs américain situé en Idaho. Le texte complet est disponible gratuitement sur PubMed Central. Dans le contexte d’une augmentation observée des initiations de carbapénèmes antipseudomonales, les auteurs ont voulu évaluer l’impact d’une alerte informatisée afin de limiter l’utilisation de ces molécules lorsque leur seule raison d’utilisation était une allergie à la pénicilline inscrite au dossier. En effet, on sait que l’incidence réelle d’allergie IgE-médiée aux bêta-lactames est faible en relation avec le taux de déclaration d’allergies par les patients, qui est d’environ 10%. Les auteurs visaient à orienter les prescripteurs plutôt vers une céphalosporine anti-pseudomonale plutôt qu’une carabapénème.

L’intervention consistait en l’affichage, lors de la prescription électronique, d’une alerte indiquant les indications autorisées pour la prescription de carbapénènes, incluant la mention que l’allergie aux pénicillines était une indication seulement en présence d’allergie à haut risque de réactivité croisée (histoire précédente de réaction IgE-médie soit urticaire, flushing, serrement de gorge, hypotension ou choc anaphylactique). Si le prescripteur choisissait de prescrire le médicament, une raison d’utilisation devait être documentée dans l’ordonnance. Une conférence de formation a été offerte de manière concomitante à l’implantation de l’alerte.

Un devis de type pré-post a été utilisé. 68 initiations de carbapénèmes ont été recensées durant la période de 13 mois pré, comparativement à 59 initiations durant la période de 15 mois post. Environ 57% des patients inclus avaient une allergie à la pénicilline inscrite au dossier, cependant 93% étaient à faible risque d’une réaction allergique selon les auteurs.

Les auteurs ont observé une baisse de la fréquence d’initiation de carbapénèmes anti-pseudomonales (-0,60 initiations par 1000 patients-jours de différence entre la période pré et post, p=0,03). Cependant, la fréquence d’allergie à la pénicilline chez les patients qui ont eu une prescription n’a pas baissé de manière significative (60,3% vs 54,2%, p=0,59), de même que le taux d’allergie de faible risque chez les patients avec une prescription (55,9% vs 44,1%, p=0,21). Les auteurs soulignent l’absence d’évaluation des indications des carbapénèmes hors l’allergie à la pénicilline, et le petit nombre de patients parmi les limites de l’étude.

On peut donc voir un certain effet de l’alerte électronique, même si celui-ci ne semble pas d’une grande ampleur.

Crédit image: greyjj / 123RF Stock Photo