Données sur le suivi et l’enseignement au patient en 2018 dans les hôpitaux américains

Cet article, paru en juillet, poursuit la tradition annuelle du sondage de l’ASHP sur l’état de la pratique de la pharmacie d’établissement de santé aux États-Unis. Cette année, les données sur le suivi et l’enseignement au patient sont présentées. L’article a fait l’objet d’un épidose du podcast AJHP Voices.

Je parlerai uniquement ici des données concernant les technologies, mais gardez en tête que beaucoup plus de données sont disponibles dans l’article complet. La même méthode que d’habitude a été utilisée, avec un échantillonnage parmi l’ensemble des hôpitaux éligibles. Le taux de réponse était de 16,6% avec 811 hôpitaux qui ont répondu.

Tous les patients sont suivis par un pharmacien dans 33% des hôpitaux, et 47% utilisent une fonction d’analyse de données du dossier clinique informatisé pour identifier les patients à suivre. Les logiciels précis sont nommés dans l’article. Les plus gros hôpitaux étaient plus susceptibles d’utiliser un tel logiciel.

Pour la collecte des données nécessaires au suivi des patients, 75,2% des hôpitaux offrent à leurs pharmaciens une automatisation de la collecte dans le dossier clinique informatisé ou un logiciel de surveillance pour le suivi quotidien. Encore une fois, ceci était plus fréquent dans les plus gros hôpitaux.

Pour l’identification d’événements indésirables liés aux médicaments, 76,9% des hôpitaux ont un système d’alerte lors de la prescription d’un antidote, parmi d’autres stratégies.

Au sujet de la technologie d’assistance aux préparations magistrales, 16,4% des hôpitaux utilisent un logiciel de gestion des préparations, et ceci était plus fréquent dans les plus gros hôpitaux, avec 57,6% des hôpitaux de plus de 600 lits qui disposaient de cette technologie. Par rapport à 2017, on constate une augmentation du nombre d’hôpitaux utilisant la vérification du code-barre des ingrédients de préparation (26,9% à 31,6%), du nombre d’hôpitaux disposant d’un logiciel de gestion des préparations (12,8 à 16,4%), du nombre d’hôpitaux utilisant des photos ou des vidéos des préparations (12,5 à 14,1%), mais la proportion d’hôpitaux utilisant la gravimétrie est demeurée stable (5,5 à 5,4%). Toutes ces technologies étaient plus fréquentes dans les hôpitaux de plus grande taille. Ce qui me frappe particulièrement est que malgré tous ces chiffres, 59,9% des hôpitaux n’utilisaient aucune technologie pour les préparations stériles. Les barrières rapportées face à l’implantation de ces technologies sont listées, le coût étant l’obstacle le plus fréquent avec 77,8% des hôpitaux rapportant ce problème.

Parmi les données collectées et suivies par les département de pharmacie, on note des mesures de charge de travail et de productivité, les interventions cliniques des pharmaciens, des mesures d’inventaire, le temps de service des médicaments, le nombre de doses manquantes, et les erreurs de dispensation. On mesure aussi les niveaux d’utilisation des technologies, les contournements d’alertes de prescription électronique et des mesures d’utilisation des cabinets automatisés et des pompes intelligentes.

Parmi les données rapportées dans cet article, les choses que je souligne et qui sont aussi mentionnées dans la discussion sont les suivantes:

  • L’utilisation de fonctionnalités de collecte et d’analyse de données à partir du dossier clinique informatisé, pour le suivi quotidien des patients par des pharmaciens, est en place dans 75% des hôpitaux. On peut facilement s’imaginer comment ce genre de technologie peut améliorer l’efficience du pharmacien par rapport à une collecte manuelle, en particulier dans le contexte québécois où on doit lire des tonnes de documents manuscrits (souvent illisibles ou mal remplis) pour trouver l’information dont on a besoin.
  • L’utilisation de technologies d’assistance aux préparations magistrales, en particulier pour les préparations stériles, est en augmentation, malgré le fait que plus de la moitié des hôpitaux ne disposent d’aucune technologie, principalement en raison de leur coût élevé. Heureusement, les chiffres sont meilleurs pour les plus gros hôpitaux. Je continue de penser que les études cherchant à démontrer des bénéfices à ces technologies pourraient être meilleures, mais il demeure que je crois qu’elles deviendront incontournables à moyen terme.
  • Le suivi de mesures collectées à partir des systèmes informatiques utilisés par les pharmaciens et qui concernent les médicaments est en place dans la majorité des hôpitaux. Encore une fois, il est facile de voir comment l’obtention de métriques en temps réel peut aider les pharmaciens à optimiser leur travail et à documenter leur impact clinique.

Standardisation des banques de données de médicaments à des fins de prescription électronique

Cet article vient d’Espagne, et décrit les efforts de pharmaciens d’un groupe régional de 7 hôpitaux visant à standardiser les banques de données de médicaments utilisés à des fins de prescription électronique. En plus, des données tirées d’une phase pilote en oncologie sont présentées.

Les auteurs décrivent la situation qui prévalait auparavant dans leurs hôpitaux, où chaque département de pharmacie devait, de manière indépendante, constituer et tenir à jour une banque de données de médicaments. Ceci requérait beaucoup d’efforts de la part des pharmaciens dans chaque hôpital et représentait une certaine duplication du travail. Cette situation ressemble à ce qui existe au Québec.

Afin de diminuer le temps passé à cette tâche, et aussi pour standardiser au niveau régional la nomenclature des médicaments dans le logiciel de prescription électronique, les hôpitaux participants ont mis sur pied un projet en 4 phases qui s’est déroulé de juillet 2015 à septembre 2016.

Avant la mise en place du projet, les pharmaciens ont décidé d’effectuer la prescription par unité de dosage (milligrammes) plutôt que par fraction de format pharmaceutique (comprimé), afin de rendre la prescription indépendante des produits qui peuvent varier et pour mieux rencontrer les besoins de populations spécifiques comme la pédiatrie, les soins intensifs, et pour faciliter la prescription de certains médicaments. Ils ont aussi décider d’intégrer la nomenclature TALLman dans leur description des médicaments. Ces mesures me semblent tout à fait légitimes.

Les 4 phases du projet étaient:

  • Analyse et consensus: la prise de décision par rapport aux paramètres de chaque médicament, la définition des sources d’information et la mise en place des fichiers maîtres. À noter que pour les voies d’administration, ils ont utilisé la nomenclature SNOMED.
  • La création et validation de la banque de données standardisée
  • La phase pilote dans un hôpital de soins tertiaire sur un groupe de patients restreint, soit les patients avec cancer du poumon.
  • L’évaluation des effets: une étude comparant les périodes de juillet-août 2015 à juillet-août 2016 a été menée. Cette étude consistait en la comparaison des taux d’événements indésirables liés aux médicaments et en un sondage des utilisateurs du système.

Au total, 500 médicaments et principes actifs ont été standardisés dans le cadre du projet, donc 118 dans le groupe ATC L01 (antinéoplasiques). 1893 paramètres, dont 1421 pour les médicaments et 472 pour les principes actifs, ont été standardisés. 27 principes actifs et 57 médicaments avaient une nomenclature TALLman. Sur l’unité pilote, le taux d’événements indésirables liés aux médicaments était de 2,3% avant et 0,69% après l’implantation du système. Les auteurs attribuent implicitement cette diminution de 70% à leur standardisation, mais comme la méthode de mesure des événements indésirables est peu décrite, il est difficile de juger de la validité de ce chiffre et de l’impact réel. Les auteurs estiment que la standardisation a permis d’épargner 238 jours de travail de pharmacien pour la mise à jour des banques de données. Encore une fois la mesure de ce chiffre est peu détaillée donc je trouve difficile de bien juger de ce que cela veut dire réellement.