Enseignement de l’informatique clinique en pharmacie

J’ai déjà parlé de Partners in E, un programme d’une faculté de pharmacie californienne hébergé par HIMSS qui propose un curriculum standardisé à intégrer aux programmes de Pharm.D pour l’enseignement de l’informatique en santé.

Le pharmacien Alexandre Chagnon (@AlexandrChagnon) m’a également fait part via Twitter d’un programme de formation canadien provenant de l’Association des Facultés de Pharmacie du Canada développé en partenariat avec des universités canadiennes et Inforoute Santé du Canada.

J’ai lu récemment dans le American Journal of Pharmaceutical Education un énoncé sur la formation en informatique clinique et les carrières en informatique pour les pharmaciens. L’article est bien écrit, je crois que c’est un must pour bien comprendre les enjeux par rapport à ce sujet.

L’article débute par une perspective historique sur l’évolution de l’informatique en santé et de son enseignement, puis discute des exigences de certification aux États-Unis pour les facultés de pharmacie, de même que des composantes d’informatique dans ces exigences. Suit une comparaison avec les programmes similaires en soins infirmiers et en médecine.

Les initiatives existant en pharmacie sont détaillées, incluant Partners in E et même le programme canadien !

Les dernières pages de l’article comportent une liste de références et approches suggérées en informatique de pharmacie, découpée par étape du circuit du médicament et par objectif. Cette liste en elle-même est un outil très intéressant.

Un second article est prévu pour présenter un plan pour former des pharmaciens qui se destinent à devenir des experts en informatique clinique.

Enseignement de l’informatique clinique en pharmacie

Articles de la semaine

EUROPE, UTILISATION DES DOSSIERS MÉDICAUX ÉLECTRONIQUES EN PÉDIATRIE

Ce sondage avait pour objectif de décrire l’état de la situation européenne en ce qui a trait à l’utilisation et à la fonctionnalité des dossiers médicaux électroniques utilisés en pédiatrie, à l’extérieur du contexte hospitalier.

Le sondage a été mené auprès des membres du groupe ERPASNet (European Academy of Paediatrics Research in Ambulatory Setting Network). Les questions du sondage ont été élaborées à partir d’un sondage similaire mené par l’American Academy of Pediatrics et des critères européens pour les fonctions des dossiers médicaux électroniques (EuroRec). Le sondage a été diffusé par courriel et était rempli en ligne, entre mai et juillet 2014.

1281 participants au réseau de recherche ont été sollicités, et 679 ont fourni des réponses, pour un taux de participation de 53%, cependant 55 ont fourni des réponses incomplètes, donc 624 réponses ont pu être utilisées.

Les réponses ont monté une grande variabilité entre les pays en ce qui a trait à l’utilisation et aux fonctions disponibles dans les dossiers électroniques. Notamment, en Italie, en Israël et en Espagne, un a noté un grand taux d’utilisation des systèmes électroniques et peu de papier, alors que le contraire a été observé au Portugal et en Pologne.

Les données liées à l’examen physique pouvaient être enregistrées électroniquement pour plus de 70% des répondants, cependant d’autres fonctions comme la prescription électronique de médicaments et de laboratoires étaient moins bien déployées. De même, la communication électronique entre dossiers utilisés en pratique de première ligne et les hôpitaux n’était pas couramment disponible, et le codage des diagnostics s’effectuait en texte libre plutôt qu’à l’aide d’un système de codage dans bien des cas.

Les fonctions spécifiques à la pédiatrie, comme les courbes de croissance et le suivi de la vaccination avaient une disponibilité très variable, ce qui illustre un manque d’applicabilité à la pédiatrie des logiciels actuellement utilisés.

ÉTATS-UNIS, MÉTHODES DE RÉDUCTION DES ERREURS MÉDICAMENTEUSES EN HÔPITAL

L’objectif de cette étude était de comparer diverses méthodes de réduction des erreurs médicamenteuses mises en place dans 12 hôpitaux situés au Nebraska, aux États-Unis. Ces hôpitaux n’étaient pas des grands centres urbains, mais bien des hôpitaux “Critical Access”, soit de plus petits hôpitaux, souvent ruraux et moins biens pourvus en technologie et en services et soins pharmaceutiques.

Les stratégies ciblées dans l’étude étaient la validation de l’ordonnance par un pharmacien sur place comparativement à la télépharmacie, la dispensation du médicament par un pharmacien sur place comparativement à la dispensation par une autre méthode (cabinet automatisé à case simple, à cases multiples ou sans cabinet automatisé), et l’administration des médicaments assistée par code-barre comparativement à la double vérification manuelle et à l’absence de double vérification. L’étude a eu lieu sur des unités d’hospitalisation; l’urgence, la salle d’opération et les cliniques ambulatoires étaient exclues de l’étude.

Les données ont été collectées à l’aide d’observation directe du travail d’infirmières préparant et administrant les médicaments dans la pratique réelle. Une erreur était définie comme l’administration d’un médicament ne correspondant pas à la prescription du médecin; les erreurs ont été comptabilisées qu’elles aient atteint le patient ou non. Lors de la survenue d’une erreur, la cause a été catégorisée comme étant survenue durant la phase de prescription, de transcription, de préparation/dispensation, d’administration ou autre. Les erreurs de prescription n’ont pas pu être analysées de manière détaillée en raison de la méthodologie de l’étude.

L’administration de 6497 doses de médicaments à 1374 patients a été observée. 78 erreurs ont eu lieu, pour un taux de 1,2%. 17 ont eu lieu durant la prescription, 16  durant la transcription, 18 durant la préparation/dispensation et 27 durant l’administration. Le taux d’erreur de transcription pour les ordonnances validées sur place était de 0,10% contre 0,33% pour les ordonnances validées en télépharmacie (p=0,09). La dispensation par un pharmacien sur place était associée à moins d’erreurs comparativement aux autres méthodes (0,10% contre 0,44%, p=0,009). Pour les médicaments non dispensés par un pharmacien, le taux d’erreur n’était pas significativement différent entre les méthodes (0,19% pour les cabinets à case simple, 0,45% pour les cabinets à cases multiples, et 0,77% pour les communs standards, p=0,17). L’administration des médicaments assistée par code-barre était associée à une plus grande interception d’erreurs comparativement à une double vérification manuelle ou à l’absence de double vérification (p=0,017).

Les auteurs concluent que dans le type d’hôpital ciblé dans cette étude, la présence de pharmaciens sur place pour la validation des ordonnances et la dispensation des médicaments, de même que l’administration des médicaments assistée par code-barre, sont des stratégies à privilégier pour la prévention des erreurs médicamenteuses.

ÉTATS-UNIS, RECOMMANDATIONS POUR PRÉVENIR LES ATTAQUES informatiques

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C’est un peu étrange qu’un tel article se retrouve dans la littérature scientifique, car il n’est justement pas très scientifique, mais je trouve qu’il est quand même pertinent car il expose certaines bonnes idées pour prévenir les attaques informatiques dans le contexte des systèmes d’ordinateurs utilisés en soins de santé. L’article est disponible en texte complet sur PubMed Central.

Les auteurs présentent de manière systématique diverses stratégies à considérer pour prévenir et endiguer d’éventuelles attaques. Je trouve que certaines sont essentielles, d’autres moins.

Les points que je trouve pertinents:

  • S’assurer d’avoir des copies de sauvegarde des données effectuées à intervalles réguliers, stockées hors du réseau et tester régulièrement leur restauration.
  • S’assurer que les logiciels utilisés sont à jour et bien configurés, avoir des politiques de gestion des mots de passe et de gestion des accès en place.
  • Gérer adéquatement l’accès aux ressources partagées sur le réseau, notamment en s’assurant que les utilisateurs ont des accès uniquement à ce qui leur est nécessaire.
  • Former les utilisateurs pour qu’ils sachent quels types de fichiers sont sécuritaires, comment bien gérer les pièces jointes de courriels et les liens internet.
  • S’assurer qu’un plan est en place pour endiguer une attaque, notamment en ayant un inventaire des applications en service dans l’organisation et en ayant une hiérarchie de leur importance pour les soins, afin de prioriser les interventions.
  • Avoir des services de monitoring et d’audit de l’activité en fonction et les réviser périodiquement.
  • Former les utilisateurs à réagir adéquatement en cas d’attaque suspectée (fermer l’ordinateur ou le déconnecter du réseau, appeler le support technique).

Bien sûr, du point de vue de pharmaciens d’hôpitaux, ces stratégies ne sont pas applicables directement, elles relèvent plutôt des départements d’informatique. Cependant, comme les départements de pharmacie utilisent de nombreux logiciels critiques pour le bon fonctionnement de l’hôpital et génèrent énormément de données, je crois qu’il est important que les départements s’assurent que de telles stratégies sont en place. En particulier:

  • Le système d’information pharmacie, les données générées par ceux-ci et les systèmes qui y sont intimement reliés (prescription électronique, administration des médicaments, ordonnances pré-rédigées) devraient être désignés comme critiques et être priorisés dans la réponse à une attaque informatique ou une panne.
  • Les pharmaciens et le personnel des départements de pharmacie devrait être sensibilisé aux risques d’une attaque informatique sur un hôpital, comprendre comment les prévenir et comment y réagir.
  • Les gestionnaires du département de pharmacie devraient s’assurer que des copies de sauvegarde des données du système pharmacie sont générées fréquemment, conservées adéquatement et que leur restauration est testée régulièrement.

Articles de la semaine

Articles de la semaine

ÉTATS-UNIS, OPTIMISATION DE LA PRESCRIPTION DE MÉDICAMENTS COÛTEUX EN HÔPITAL À L’AIDE D’ALERTES INFORMATISÉES

Cette étude de type pré-post a évalué l’effet de l’implantation d’une alerte interruptive dans un système de prescription électronique pour 3 médicaments à coût élevé. L’alerte affichait les coûts de traitement associés aux médicaments ciblés et proposait une alternative moins coûteuse. L’alerte a été implanté dans deux hôpitaux académiques américains d’une capacité combinée de 863 lits, partageant le même dossier électronique. Les médicaments ciblés était le chlorothiazide IV, le fluticasone HFA et l’ipratropium HFA. Les auteurs ont comparé le nombre de doses par mois de chlorothiazide IV et de métolazone oral (l’alternative suggérée), de même que le nombre de patients par mois sous les deux inhalateurs ciblés, durant une période de 12 mois pré et post intervention. En plus, le comportement des utilisateurs pour un échantillon de 25% des alertes générées durant la période d’étude a été analysé, et un sondage sur l’opinion par rapport à ces alertes a été mené.

1896 patients ont été inclus dans la période pré intervention contre 1762 dans la période post. L’utilisation de chlorothiazide IV a diminué de 71% et l’utilisation de métolazone PO a augmenté de 10% (p<0,001), cependant l’application concomitante d’un nouveau protocole de diurétiques pourrait avoir influencé cette observation. En ce qui a trait aux inhalateurs, l’utilisation d’ipratropium a diminué de 29% (p<0,001) et celle de fluticasone a diminué de 62% (p<0,001), alors que les alternatives suggérées (tiotropium et fluticasone en poudre pour inhalation) ont augmenté. Ces changements ont entraîné une diminution significative des coûts de traitement pour ces médicaments. En ce qui a trait au comportement des utilisateurs face aux alertes, il est intéressant de constater que dans environ un tiers des cas, l’affichage de l’alerte était suivie de l’absence de prescription de médicaments. Les auteurs discutent d’un possible effet d’entraînement vers une autre classe de médicaments, ce qui n’a pas été évalué dans l’étude. Pour le sondage, 84% des sondés ont répondu que l’alerte leur a permis de prendre des meilleurs décisions par rapport aux coûts de traitement.

L’étude est intéressante car elle montre qu’une alerte électronique peut avoir un effet bénéfique sur la prescription de médicaments coûteux pour lesquels une alternative moins coûteuse est disponible. Néanmoins, les cas présentés dans l’étude sont relativement simples, et les médicaments ciblés ne sont pas ceux qui sont le plus intéressants du point de vue des coûts. Il aurait été plus intéressant d’évaluer l’effet sur les anticorps monoclonaux ou d’autres types de traitements de deuxième et troisième ligne dont l’utilisation mérite un encadrement strict.

ANGLETERRE, BILAN COMPARATIF DES MÉDICAMENTS AVEC DOCUMENTATION ÉLECTRONIQUE

Cette étude avait pour objectif d’améliorer le processus de bilan comparatif des médicaments dans une unité de soins aigus de 44 lits d’un hôpital académique de 400 lits situé à Londres. Spécifiquement, les chercheurs visaient à réduire les divergences non intentionnelles par rapport aux médicaments lors des transitions de soins, surtout le retour à la maison, à améliorer la documentation de la réconciliation médicamenteuse et à améliorer la communication des changements apportés à la pharmacothérapie sur le sommaire de congé.

Une stratégie complexe basée sur une intervention d’équipe a été élaborée, je vous laisse lire des détails dans le texte complet. L’aspect technologique de l’intervention vient surtout d’une documentation systématique des interventions pharmaceutiques liées au bilan comparatif des médicaments assistée par le logiciel de dossier électronique en place dans le centre. Le projet mis en place a inclus des modifications au logiciel pour améliorer la documentation électronique du bilan comparatif, notamment:

  • Un affichage de couleur différent pour les listes de médicaments vérifiées et non-vérifiées.
  • Un espace prévu pour la documentation de la réconciliation ainsi qu’un affichage personnalisé pour les médecins et les pharmaciens.
  • Un espace sur le sommaire de congé remis au patient pour l’inscription d’instructions par les pharmaciens.

Le projet a eu lieu de septembre 2011 à mars 2013, et un audit post implantation a eu lieu de juin à août 2014. L’étude a montré une documentation complète du bilan comparatif pour 49,2 % des patients durant la période initiale, ayant augmenté à 85,2% durant l’audit post implantation. Les auteurs soulignent que l’apport des pharmaciens à ce processus a été bénéfique et qu’un impact positif a été vu sur les divergences de prescription.

ÉTATS-UNIS, RISQUES D’ERREURS LORS DE PRÉPARATION STÉRILE ASSISTÉE ÉLECTRONIQUEMENT

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Cette étude a fait l’objet d’un épisode du podcast AJHP Voices. L’objectif de l’étude était de décrire les erreurs commises durant la préparation de doses de médicaments intraveineux et d’analyser les facteurs associés à ces erreurs, dans le contexte de l’utilisation d’un logiciel d’assistance et de documentation du travail en salle stérile. L’étude a eu lieu dans un hôpital pédiatrique d’environ 600 lits situé à Cincinnati aux États-Unis. La salle stérile située dans le département de pharmacie de cet hôpital était de grande taille, avec 13 hottes à flux laminaires, une opération 24 heures sur 24, avec 6 techniciens et 3 pharmaciens durant le quart de jour. Le logiciel en place présente une liste de travail avec les doses à préparer; il génère une étiquette et affiche un mode de préparation pour chaque dose. La préparation est documentée et vérifiée à l’aide du code-barre des ingrédients utilisés et de photos numériques pour la documentation des volumes.

Les données collectées par le logiciel de préparation ont été analysées pour une période d’un an (1er mars 2013- 28 février 2014). Durant cette période, le logiciel était utilisé pour la préparation d’environ 60% des doses dans la salle stérile, le 40% restant ne fait donc pas partie de l’étude. Les doses incluses était les “prélèvements simples” (retirer un volume précis d’une fiole de liquide) et les dilutions. Les préparations plus complexes (médicaments biologiques par exemple) étaient dans le 40% non inclus. Une analyse par modèle linéaire a été réalisée pour vérifier le lien entre divers facteurs de risque et les erreurs observées.

Durant l’étude, 421 730 doses ont été évaluées, 3101 de celles-ci ont été associées à une erreur pour un taux de 0,74%. 72% des erreurs ont été interceptées par le logiciel, en majorité des erreurs détectées par la technologie du code-barre, soit un médicament ou un diluant incorrect. Les 28% restants ont été interceptées par un pharmacien; il s’agissait dans ce cas d’erreurs de volume ou de produits expirés, par exemple.

Les facteurs de risque associés aux erreurs étaient le quart de travail de jour (RR 1.84), le dimanche (RR 1.28) ou le lundi (RR 1.25), un médicament destiné à une unité de soins critiques (RR 1.17), ou la préparation par un technicien par rapport à un pharmacien (RR 1.17). Dans la discussion et le podcast AJHP Voices, les auteurs commentent sur le fait que ces quarts, jours et unités de soins sont associés à un travail plus important et à plus d’ordonnances urgentes, ce qui peut augmenter le risque d’erreurs.

Articles de la semaine

Attaques informatiques contre des hôpitaux

55731612_sDepuis quelques mois, plusieurs hôpitaux américains, au moins un hôpital canadien et des hôpitaux français ont été victimes d’attaques informatiques de type ransomware (rançongiciel en français, mais je ne trouve pas que c’est un très beau mot…) Au moins un hôpital a été obligé de payer la rançon exigée pour récupérer l’accès à ses données.

Le site web ArsTechnica a décrit une possible technique d’attaque utilisée pour compromettre les serveurs de l’hôpital dont l’attaque a été la plus médiatisée. Cependant, l’organisation concernée a nié que cette technique ait eu un rôle à jouer dans l’attaque.

Ce qui est clair, c’est que ce type d’attaque informatique cause beaucoup plus de perturbations et a des conséquences potentielles beaucoup plus graves quand la cible est un hôpital. Dans certains cas qui ont été médiatisés, les organisations affectées ont été forcées de désactiver de grands pans de leurs systèmes informatiques pour prévenir la “contagion” vers d’autres serveurs et ordinateurs, laissant les cliniciens sans accès aux données cliniques contenues dans ces serveurs, et même sans les logiciels utilisés pour la pratique clinique. Il semble malgré tout que les données de patients n’auraient pas été compromises. Il reste que l’impact sur le fonctionnement d’un hôpital est majeur; les systèmes informatiques ne sont plus des “alternatives pratiques” au papier, ils sont maintenant au coeur du fonctionnement des hôpitaux. Ce n’est simplement plus possible de revenir à la dactylo le temps que l’on restaure le système.

L’épisode 58 du podcast Healthcare Tech Talk discute des enjeux entourant ces attaques, ainsi que des bonnes pratiques pour s’en protéger.  Parmi les points discutés, on souligne certains qui doivent être mis en place au niveau du département d’informatique d’un établissement, comme par exemple les copies de sauvegarde, pour éviter que les données encryptées par un éventuel ransomware ne soient irrécupérables. Il va de soi que l’installation prompte des mises à jour de sécurité est importante.

Au niveau des utilisateurs, on discute de l’importance de l’éducation, notamment pour éviter la consultation de sites web douteux au travail, éviter de cliquer sur des liens suspects dans les courriels, ou l’ouverture de fichiers potentiellement compromis, par exemple transmis en pièces jointes de courriels.

Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu pour les départements d’informatique, je crois que les départements dont le fonctionnement repose largement sur l’informatique (incluant les pharmacies !) devraient s’assurer que ces mesures sont mises en place pour protéger leurs données et pouvoir récupérer rapidement en cas de problème.

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Attaques informatiques contre des hôpitaux

Articles de la semaine

JAPON, CONTOURNEMENT D’ALERTES PAR UN MOT DE PASSE DANS UN SYSTÈME D’AIDE À LA DÉCISION

Cet étude, écrite par des auteurs japonais dont un pharmacien, a eu lieu dans un hôpital universitaire d’environ 1000 lits. Il n’est pas clair si le devis était prospectif ou rétrospectif, mais considérant la méthodologie de l’article, je doute que cela fasse une grande différence. L’étude avait pour objectif de décrire la réponse des médecins à un système de contournement par mot de passe des alertes d’interactions médicamenteuses générées par un système d’aide à la décision. L’article a été publié dans BMC Medical Informatics & Decision Making et est disponible gratuitement en texte complet sur PubMed Central.

Le système mis en place est, de l’aveu même des auteurs, unique. Je doute d’ailleurs qu’il survivrait longtemps dans le système nord-américain ! L’hôpital utilisait un système de prescription électronique avec aide à la décision intégré. Les interactions médicamenteuses de chaque médicament, telles que décrites dans les monographies officielles japonaises, étaient entrées dans le système par le département de pharmacie, et lors de la prescription de deux médicaments présentant une interaction médicamenteuses cotée comme contre-indication relative ou absolue, une alerte était générée. Afin de contourner l’alerte, le médecin devait téléphoner au pharmacien afin d’obtenir un mot de passe, généré aléatoirement et changé quotidiennement, et documenter la raison de contournement de l’alerte.

La période à l’étude allait de décembre 2011 à novembre 2012. Durant cette période, 268 622 prescriptions ont été traitées, et ont mené à 1449 alertes. De celles-ci, la majorité étaient des doublons et ont été exclues de l’analyse, pour finir en 170 vraies alertes incluses dans l’analyse. Après affichage de l’alerte, dans 111 cas le mot de passe a été obtenu et l’alerte contournée, alors que dans 59 cas, la combinaison a été évitée. L’alerte la plus fréquente était la combinaison de statine et fibrates, suivi de la combinaison de tacrolimus et de diurétiques épargneurs de potassium. Malheureusement, les raisons de contournement des alertes ont été peu documentées et une analyse n’a pu être menée sur ce paramètre.

Évidemment, une telle étude présente de nombreuses limites, dont l’utilisation de monographies comme source d’information pour la décision d’afficher une alerte à documentation obligatoire. Les monographies officielles sont bien sûr une source importante d’information, mais plusieurs banques de données plus ciblées pourraient être utilisées. On pourrait aussi argumenter que l’exigence de devoir téléphoner au pharmacien pour obtenir un mot de passe généré aléatoirement pour contourner l’alerte est une mesure qui devrait s’appliquer aux interactions les plus sévères, voire absolument contre-indiquées.

ÉTATS-UNIS, RECOMMANDATIONS POUR LA SÉLECTION DES MÉDICAMENTS À INCLURE DANS LES MOTEURS DE DÉTECTION

37146138_sCette publication a fait l’objet d’un épisode du podcast AJHP Voices. L’article consiste en un ensemble de recommandations émises par un panel de 20 experts en interactions, en pharmacologie clinique, et en systèmes d’aide à la décision provenant de divers milieux (académique, industrie, système de santé, etc.) Leur objectif, par ces recommandations, était d’établir les bases d’une banque nationale (aux États-Unis) d’interactions médicamenteuses à intégrer dans les systèmes d’aide à la décision des dossiers cliniques informatisés, afin que les interactions ainsi détectées soient cliniquement significatives, que l’information pertinente soit présentée aux cliniciens, et que les caractéristiques de ces systèmes cessent d’être différentes d’un produit à l’autre.

L’argument de développer un tel système national est bien logique: l’état actuel de la situation avec plusieurs banques émanant de plusieurs fournisseurs est loin de bien fonctionner. Les banques sont très variables en termes d’interactions présentes ou absentes, de nomenclature, d’information présentée, et même de mises à jour. Par ailleurs, la crainte de la responsabilité légale incite souvent les banques de données à inclure plus d’interactions que nécessaire; la supervision de ce processus par un organisme public au processus transparent permet d’encadrer ce risque.

  • L’article présente les recommandations en réponse à quatre questions:
    • Quel processus devrait être utilisé pour établir et tenir à jour la banque d’interactions ?
    • Établir un processus national à travers un organisme public, intégrant des parties prenantes de tous les milieux, avec un financement assuré par le public et le privé.
    • Ce comité doit réviser les données probantes sur les interactions et produire des synthèses de ces données.
    • Les risques posés par les interactions doivent être cotés par ce comité.
    • Le comité doit avoir un processus en place pour recevoir du feedback et y réagir de manière transparente.
    • Les recommandations de ce comité doivent avoir un processus de mise à jour.
  • Quelle information devrait être incluse dans la banque de données ?
    • Une définition et une hiérarchisation des interactions. Les auteurs insistent sur le fait que le terme sévérité (severity) n’est pas le bon terme pour décrire le degré de gravité d’une interaction, parce qu’une interaction peut être sévère sans nécessairement être cliniquement importante; ils proposent plutôt le terme seriousness.
    • Ils proposent une classification en trois cotes, soit la cote à la seriousness la plus élevée qui requerrait des alertes interruptives, une cote de seriousness moyenne qui générerait une alerte non interruptive, et une cote moins sévère qui ne générerait pas d’alerte.
    • Un résumé des conséquences cliniques pour le patient, ainsi que de la fréquence de ces conséquences.
    • La présence de facteurs du patient qui peuvent affecter l’interaction (on n’a qu’à penser aux interactions touchant l’intervalle QT pour comprendre l’importance de ces facteurs).
    • Le mécanisme de l’interaction, incluant si celle-ci est pharmacocinétique ou pharmacodynamique.
    • Des recommandations de prise en charge.
    • Un résumé des données probantes.
  • Une liste d’associations contre-indiquées est-elle possible ?
    • Les auteurs insistent sur le fait que le terme “contre-indiqué” devrait s’appliquer exclusivement aux cas où l’association ne devrait en aucun cas être possible. Les contre-indications “absolues” ou “relatives” sont donc exclues de la nomenclature proposée.
  • Peut-on filtrer intelligemment les listes d’interactions ?
    • Lorsque des établissements ou organisations mettent en place des banques de détection d’interaction, un paramétrage local est souvent appliqué. Un comité interprofessionnel incluant des pharmaciens devrait être en place pour établir les règles de filtrage local.
    • Il existe une notion de paramétrage personnalisé de la détection ou de l’affichage d’alertes (cette notion est d’ailleurs reprise dans le guide de l’OPQ sur les logiciels en pharmacie). Les auteurs argumentent qu’il existe peu de données probantes sur les effets de tels systèmes.
    • Un paramétrage par patient est également possible, afin par exemple d’éviter les alertes pour une combinaison qu’un patient tolère bien.
    • Encore une fois, les données sur les effets d’un tel paramétrage sont manquantes.
    • Un filtrage en fonction de facteurs inhérents au dossier d’un patient est possible (par exemple ne pas alerter pour une interaction s’appliquant à une prise concomitante lorsque les heures de prise sont séparées), ceci devrait être évalué au cas par cas selon les auteurs.

Les auteurs font également des recommandations pour la recherche future sur ce sujet, incluant sur la présentation de celles-ci.

ÉTATS-UNIS, OPTIMISER LES ALERTES D’ALLERGIE MÉDICAMENTEUSE

L’objectif de l’intervention décrite dans ce court article était de réduire le nombre d’alertes générées pour des allergies aux médicaments ainsi que le taux de contournement des alertes. Dans le centre, le système de prescription électronique mis en place en juin 2012 intégrait un système d’aide à la décision avec alertes. Durant la période pré ajustement (du 1er janvier au 31 mars 2013), 0,6 alerte par ordonnance était générée (!), dont 0,14 alerte par ordonnance pour les allergies, pour un total de 120 669 alertes pour allergie durant la période. 94% des alertes étaient contournées.

Sur la base des données ainsi collectées, les auteurs ont constaté que plus de la moitié des alertes concernaient des ingrédients non médicinaux, des substances diverses ou des aliments qui n’étaient pas bien interprétées par le système. Les alertes pour des substances non actives ont donc été éliminées. Durant une période de 2 mois en post intervention (1er mai au 30 juin 2013), le taux d’alertes pour allergie a diminué à 0,09 alerte par ordonnance, et le taux de contournement a baissé à 90%.

Je trouve que l’article est un bon exemple d’un système ou trop d’alertes sont générées.

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Articles de la semaine

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ROYAUME-UNI, PROBLÈMES D’INTÉGRATION ET D’INTEROPÉRABILITÉ ENTRE LES DIVERS SYSTÈMES INFORMATIQUES IMPLANTÉS DANS LES HÔPITAUX

43122347_sIl s’agit d’une étude qualitative, multicentrique réalisée dans 6 hôpitaux du Royaume-Uni, qui avait pour but d’explorer les problèmes rencontrés par les hôpitaux durant l’implantation de systèmes informatiques, en particulier la prescription électronique avec aide à la décision, et les défis d’intégration des multiples systèmes en place. Deux approches ont été mises en relation, d’abord l’intégration des systèmes (4 hôpitaux), c’est-à-dire l’acquisition d’un logiciel intégré offrant de multiples fonctionnalités partageant la même infrastructure de données en back-end, comparativement à l’approche par interface (2 hôpitaux), c’est-à-dire l’acquisition de systèmes “best-of-breed” pour chaque tâche ou spécialité, et le développement local d’interfaces entre ces systèmes pour assurer leur interopérabilité.

Les chercheurs ont obtenu leurs données par quatre stratégies, d’abord avec 173 entrevues semi-structurées avec des intervenants impliqués dans le processus d’acquisition, d’implantation, dans l’utilisation et le support de ces systèmes, incluant plusieurs pharmaciens. Les entrevues étaient réalisées à deux ou trois points dans le temps selon l’évolution de l’implantation. La deuxième stratégie était 24 observations d’utilisation des systèmes (incluant en suivant des pharmaciens dans leur pratique) et de réunions stratégiques. La troisième était la lecture de 17 documents relatifs à l’implantation de ces systèmes, et la dernière stratégie était deux jours de table-ronde avec 22 intervenants impliqués dans le processus.

Les résultats démontrent sans surprise que chaque approche offre des avantages et inconvénients. Notamment, pour l’approche intégrée, on note un plus grand coût d’acquisition, une limitation des fonctionnalités pour chaque spécialité et un moins grand potentiel d’innovation, mais avec une plus grande disponibilité de l’information à travers les systèmes, une plus grande facilité d’utilisation et des coûts de maintenance plus faibles.

Pour l’approche par interface, on note une standardisation de l’information et des flots de travail plus difficile entre les systèmes, une certaine difficulté liée au développement et au maintien des interfaces, un plus grand nombre de contrats à maintenir, mais avec des produits individuels plus mature et souvent avec un meilleur support, une plus grande facilité à obtenir une interface de la part des fournisseurs, et une plus grande facilité à faire des changements dans les systèmes.

De manière plus générale, les thèmes dégagés de l’étude sont les suivants

  • Un transfert d’information difficile ou non fonctionnel entre les systèmes peut représenter un risque dans les soins au patient.
  • La présentation de toute l’information nécessaire provenant de divers systèmes pour la réalisation d’une tâche (par exemple voir les résultats de laboratoire pertinents au moment de prescrire) est optimale.
  • L’interopérabilité des systèmes est un défi technique important, la qualité du lien entre les systèmes est importante pour la qualité des soins.
  • Étant donné que même les systèmes intégrés n’offrent pas de solution à tous les problèmes et ne rejoignent pas toutes les spécialités, une stratégie combinant les deux approches (un système central relié à divers systèmes de spécialité pour les fonctionnalités non offertes dans le système central, supporté par des interfaces bidirectionnelles performantes) est probablement la meilleure approche.

ÉTATS-UNIS, ARTICLE DE REVUE SUR L’INFORMATISATION DES SOINS INTENSIFS PÉDIATRIQUES

Cet article de revue, écrit par un médecin d’un hôpital de Pittsburgh, est plutôt bref mais présente un survol rapide de quelques technologies évaluées en soins intensifs pédiatriques, de même qu’une perspective sur les possibles développements futurs.

Les sujets abordés sont

  • Les dossiers médicaux électroniques: les approches sont variées mais l’objectif demeure généralement le même, c’est-à-dire obtenir un seul registre électronique de l’ensemble des données d’un patient, qui peut être partagé électroniquement et accessible pour l’ensemble des intervenants impliqués dans les soins du patient, de manière à améliorer la qualité des soins.
  • La prescription électronique: l’objectif est d’avoir un système permettant la saisie électronique d’ordonnances et l’aiguillage pour une transmission électronique vers le secteur approprié pour exécution de l’ordonnance (pharmacie, imagerie, laboratoire). Le succès et les gains associés à cette technologie sont cependant hautement dépendants de facteurs locaux. L’auteur présente d’ailleurs des exemples de succès et d’échec.
  • L’aide à la décision: l’utilisation des données électroniques d’un patient pour l’affichage de suggestions ou d’alertes dans le flot de travail clinique, notamment pour les allergies, les interactions médicamenteuses, les doses (en particulier en pédiatrie), et les ajustements selon la condition clinique. On peut aussi ajouter à ce concept la surveillance des antimicrobiens, et la vaccination par exemple.
  • La télémédecine: la surveillance et la consultation à distance, en particulier dans les contextes d’hôpitaux régionaux, pour permettre un accès à des soins plus spécialisés sans devoir déplacer le patient.
  • La présentation des données: en raison de la grande quantité de données collectées et stockées électroniquement par l’appareillage médical collecté, il devient nécessaire d’offrir une manière de présenter cette information de manière agrégée et résumée pour qu’elle soit utilisable par les cliniciens.
  • Big Data et l’analytique prédictive: l’analyse de données à un niveau encore plus élevé en utilisant des techniques plus sophistiquées permet l’analyse de tendances, de santé populationnelle et de surveillance des maladies. Ces techniques permettent également le développement d’indices de la condition des patients qui permettent d’alerter en temps réel d’une détérioration aiguë (par exemple indice Rothman [Rothman index]).

L’article est intéressant et conclut que les technologies telles que celles décrites deviennent de plus en plus une partie intégrante des soins offerts dans les hôpitaux, il devient impensable de passer une journée sans un système fonctionnel. (ajout de ma part: il faut que l’infrastructure en place supporte cela, trop souvent on a l’impression que la technologie est perçue comme un outil optionnel et que l’on peut simplement revenir à la dactylo lorsque ça plante, ce n’est plus le cas !) Si j’ai une critique de l’article à formuler, c’est que la perspective est très médicale et que l’on aborde pas plusieurs technologies qui visent à améliorer la qualité des soins sans nécessairement passer par le travail du médecin, et qui sont pourtant incontournables pour le futur, par exemple l’administration des médicaments assistée par code-barre.

ÉTATS-UNIS, alerte POUR RÉDUIRE LA PRESCRIPTION INAPPROPRIÉE DE CARBAPÉNEMeS CHEZ LES PATIENTS DÉCLARANT UNE ALLERGIE À LA PÉNICILLINE

Cette étude provient du département de pharmacie d’un petit hôpital communautaire du Veterans Affairs américain situé en Idaho. Le texte complet est disponible gratuitement sur PubMed Central. Dans le contexte d’une augmentation observée des initiations de carbapénèmes antipseudomonales, les auteurs ont voulu évaluer l’impact d’une alerte informatisée afin de limiter l’utilisation de ces molécules lorsque leur seule raison d’utilisation était une allergie à la pénicilline inscrite au dossier. En effet, on sait que l’incidence réelle d’allergie IgE-médiée aux bêta-lactames est faible en relation avec le taux de déclaration d’allergies par les patients, qui est d’environ 10%. Les auteurs visaient à orienter les prescripteurs plutôt vers une céphalosporine anti-pseudomonale plutôt qu’une carabapénème.

L’intervention consistait en l’affichage, lors de la prescription électronique, d’une alerte indiquant les indications autorisées pour la prescription de carbapénènes, incluant la mention que l’allergie aux pénicillines était une indication seulement en présence d’allergie à haut risque de réactivité croisée (histoire précédente de réaction IgE-médie soit urticaire, flushing, serrement de gorge, hypotension ou choc anaphylactique). Si le prescripteur choisissait de prescrire le médicament, une raison d’utilisation devait être documentée dans l’ordonnance. Une conférence de formation a été offerte de manière concomitante à l’implantation de l’alerte.

Un devis de type pré-post a été utilisé. 68 initiations de carbapénèmes ont été recensées durant la période de 13 mois pré, comparativement à 59 initiations durant la période de 15 mois post. Environ 57% des patients inclus avaient une allergie à la pénicilline inscrite au dossier, cependant 93% étaient à faible risque d’une réaction allergique selon les auteurs.

Les auteurs ont observé une baisse de la fréquence d’initiation de carbapénèmes anti-pseudomonales (-0,60 initiations par 1000 patients-jours de différence entre la période pré et post, p=0,03). Cependant, la fréquence d’allergie à la pénicilline chez les patients qui ont eu une prescription n’a pas baissé de manière significative (60,3% vs 54,2%, p=0,59), de même que le taux d’allergie de faible risque chez les patients avec une prescription (55,9% vs 44,1%, p=0,21). Les auteurs soulignent l’absence d’évaluation des indications des carbapénèmes hors l’allergie à la pénicilline, et le petit nombre de patients parmi les limites de l’étude.

On peut donc voir un certain effet de l’alerte électronique, même si celui-ci ne semble pas d’une grande ampleur.

Crédit image: greyjj / 123RF Stock Photo

Articles de la semaine

Le rôle du pharmacien en informatique clinique

J’ai vu passer deux publications intéressantes récemment à propos du rôle du pharmacien en informatique clinique. La première est un énoncé de position de l’ASHP, et vise les pharmaciens en pratique. La deuxième est un énoncé de l’AMIA et vise plutôt à définir le champ de pratique et les compétences du directeur de l’informatique clinique d’une organisation à partir des pratiques en informatique de diverses professions. Je l’ai vu passer sur la liste de discussion de la section d’informatique et technologie de l’ASHP.

L’énoncé de position de l’ASHP est particulièrement pertinent. On souligne d’entrée de jeu que les pharmaciens utilisent la technologie et l’appliquent dans leur pratique depuis des dizaines d’années déjà, mais que la spécialisation de pharmaciens en informatique clinique est en train de se concrétiser. Un chemin de formation et de certification particulier à cette spécialisation verra sûrement le jour.

On définit l’informatique clinique comme l’intersection entre la technologie et la science biomédicale. Les personnes qui travaillent en informatique clinique doivent comprendre les soins de santé, les technologies de l’information, les gens, les processus et la culture d’une organisation.

Les rôles du pharmacien en informatique clinique sont:

  • La gestion des données, de l’information et des connaissances sur les médicaments.
  • La dissémination de l’information et des connaissances sur les médicaments à travers le flot de travail des utilisateurs des systèmes sur les médicaments.
  • L’analyse des données pour aider à la prise de décisions.
  • L’application de principes d’informatique pour améliorer la pratique et l’utilisation des technologies.
  • Le leadership et la gestion du changement relatif aux technologies.

Chacun des rôles est détaillé dans le texte. On souligne particulièrement l’importance de la qualité et de la validité de l’information, de même que celle d’un système bien conçu où l’information utile est disponible de manière facile, complète et claire au bon moment pour les cliniciens. Les pharmaciens en informatique clinique doivent viser l’atteinte de ces objectifs à travers les systèmes qu’ils administrent.

En ce qui a trait à l’analyse des données, on note la contribution des pharmaciens en informatique clinique au niveau du département de pharmacie, pour évaluer à partir de données l’apport des pharmaciens à la performance, à la qualité et à la sécurité des soins, ainsi qu’au niveau de l’organisation entière en termes d’indicateurs de performance clinique, opérationnelle et financière.

Le document de l’AMIA est plus long et parle de médecine, médecine dentaire, soins infirmiers et pharmacie. Les sections intéressantes pour les pharmaciens se situent aux pages 8,9, 12, 14. Les points soulignés recoupent beaucoup ceux de l’ASHP, mais le document demeure intéressant à lire car la perspective est un peu différente. Un point que je trouve important est que les pharmaciens ne doivent pas se cantonner dans un rôle “vendor specific”, c’est-à-dire centré sur un système en particulier.

Je suis bien d’accord avec ça, les pharmaciens en informatique clinique doivent garder la perspective des soins au patient, doivent bien comprendre tous les (multiples) systèmes en place dans un hôpital, et idéalement devraient avoir une connaissance générale des principes des systèmes d’information sur les médicaments, pas seulement du système en place dans leur centre.

Le rôle du pharmacien en informatique clinique

Dans la bibliothèque: The Pharmacy Informatics Primer

J’essaie ces temps-ci de développer mes connaissances sur la technologie et l’informatique en pharmacie, ce blogue en est une bonne preuve ! Deux pages que je consulte pour obtenir des idées et des ressources sont:

Une des lectures de base suggérées par l’ASHP est le livre The Pharmacy Informatics Primer édité par Doina Dumitru et publié par l’ASHP. Le livre fait environ 230 pages et comporte 13 chapitres écrits par des auteurs différents, ça se lit très bien. Il a été publié en 2009, donc en termes de technologie c’est un peu vieux (on mentionne à quelques reprises les CD-ROM…), mais le propos est encore très pertinent à la pratique d’aujourd’hui et toutes les technologies mentionnées sont encore d’actualité.

Après l’avoir lu, je confirme qu’il s’agit d’une lecture primordiale pour tout pharmacien d’établissement de santé qui travaille de près ou de loin à l’acquisition, la configuration et au support de technologies de pharmacie.

Les technologies abordées sont entre autres:

  • La prescription électronique en établissement de santé
  • La prescription électronique en ambulatoire et en communauté
  • L’aide à la décision
  • Les systèmes d’information pharmacie
  • L’automatisation (les chariots, cabinets, les robots de pige)
  • Le code-barre
  • Les pompes intelligentes

Il s’agit d’une très bonne introduction à ces technologies, à ce qu’il est possible de faire avec elles et à leurs avantages et inconvénients. Les applications décrites sont bien sûr présentées dans le contexte du système de santé américain, mais il est facile de bien comprendre quand même et les principes exposés demeurent applicables hors des États-Unis.

On discute aussi des stratégies de maintenance des systèmes informatiques et des technologies, de l’influence de la technologie sur l’utilisation sécuritaire des médicaments, de l’utilisation des banques de données des systèmes informatiques pour les statistiques et la prise de décision, ainsi que des aspects de gestion liés aux technologies.

Enfin, chose très importante, le livre discute tout au long, et dédie un chapitre, à l’impact de la technologie sur le travail des pharmaciens en distribution et en pratique clinique. On parle également de l’impact sur le travail des assistant-techniques en pharmacie. On insiste beaucoup sur l’importance de la technologie et de l’automatisation pour permettre aux pharmaciens de centrer leur pratique principalement sur les soins aux patients.

On ne néglige cependant pas l’importance des pharmaciens dans la gestion de toute cette technologie. Alors que le rôle du pharmacien deviendra de plus en plus clinique et que les tâches reliées à la distribution des médicaments seront, au moins en partie, automatisées ou robotisées, il restera important que des pharmaciens supervisent la mise en place de la technologie. La pratique de la pharmacie consistant à assurer l’usage optimal des médicaments, le déploiement et la maintenance de systèmes automatisés, robotisés, ou de systèmes informatiques manipulant soit les médicaments eux-mêmes ou l’information reliée à leur usage, devra obligatoirement être supervisée et par des pharmaciens.

Ce livre est donc un excellent aperçu de ce qu’un pharmacien en charge de technologies ou de systèmes d’information sur les médicaments doit connaître pour bien faire son travail. Ça reste cependant un survol. Je mentionne au passage un article de 2012 de l’AJHP sur le rôle de pharmacien spécialiste en systèmes et technologies reliés aux médicaments.

Pour finir, je souligne la première phrase du livre: “The Institute of Medicine’s landmark 2000 report, To Err is Human: Building a Safer Health System…”

Dans la bibliothèque: The Pharmacy Informatics Primer

Articles de la semaine

ÉTATS-UNIS, PROTOCOLE ÉLECTRONIQUE POUR L’ANALGÉSIE POST-OPÉRATOIRE APRÈS AMYGDALECTOMIE

Cette étude rétrospective a évalué l’impact d’un protocole électronique (electronic order set) pour tenter de modifier les pratiques d’analgésie post-opératoire après une amygdalectomie chez des patients âgés de moins de 7 ans. Deux périodes de 18 mois, allant du 1er juin 2011 au 30 novembre 2012, puis du 1er janvier 2013 au 30 juin 2014, ont été comparées.

Le protocole pré modification comprenait de l’acétaminophène combiné à de la codéine et de l’hydrocodone ou de la codéine, tandis que le protocole post modification comprenait une combinaison d’acétaminophène et d’ibuprofène, en réponse aux avis de la FDA sur l’utilisation de la codéine en pédiatrie et à une étude récente qui a évalué l’acétaminophène et l’ibuprofène par rapport à l’acétaminophène et la morphine dans ce type de contexte.

Les taux de visites à l’urgence en post-opératoire, de même que les raisons de visites à l’urgence, et les taux de saignements étaient similaires avant et après le changement. L’utilisation d’opiacés est passée de 82 à 15% des cas avant et après le changement. Les auteurs discutent des facteurs qui selon eux ont mené à l’implantation réussie de ce protocole, notamment la facilité d’utilisation, un suivi serré des patients par téléphone après le changement pour détecter d’éventuelles complications, et l’assurance que le protocole pouvait être modifié si des effets néfastes étaient observés.

Je trouve cette étude intéressante en raison de l’absence d’effet noté sur les taux de complications et de visites à l’urgence suite à l’abandon des opiacés systématiques pour cette indication. Malheureusement, on a peu de données détaillées sur le niveau de contrôle de la douleur, mais d’autres études ont démontré peu de différence.

Également, on voit dans cette étude l’impact d’un protocole électronique bien rédigé, facile d’utilisation et combiné à un bon suivi après l’implantation, pour modifier une pratique avec succès.

ANGLETERRE, CAUSE DES DÉLAIS DANS LES PROJETS DE TECHNOLOGIE EN SANTÉ

Cette étude qualitative à la méthodologie complexe mais excellente, s’appuie sur 6 études de cas détaillés pour explorer et proposer une taxonomie des causes des délais observés de manière ubiquitaire dans les projets de technologie en santé. L’étude a été publiée dans BioMed Central Medical Informatics & Decision Making et et disponible gratuitement en texte complet sur PubMed Central.

Les auteurs ont mené 214 entrevues semi-structurées avec une impressionnante variété d’acteurs impliqués dans toutes les étapes du processus d’acquisition, implantation et déploiement de systèmes de prescription électronique avec aide à la décision dans 6 organisations de santé en Angleterre. Un grand soins a été apporté à la variété des sources d’information; notamment, des personnes à l’interne et à l’externe de l’organisation ont été rencontrées, de même que des gens de tous les niveaux d’expérience et de plusieurs rôles dans l’implantation. Fait intéressant, le recrutement s’est fait par snowball sampling à partir des directeurs de pharmacie ou des Lead Pharmacist for HIT dans les organisations ciblées.

Le résultat principal est une taxonomie des causes de délais. Un modèle bidimensionnel est proposé, la première dimension est la cause interne ou externe du délai, et la deuxième dimension est le type de délai: involontaire ou “tactique” (volontaire, causé par des choix stratégiques).

Les causes de délais sont:

Involontaire, interne:

  • Un plan d’affaires irréaliste ou non clair
  • Le manque de planification détaillée
  • Le manque de connaissances sur la prescription électronique et l’aide à la décision
  • Le manque de ressources humaines
  • Le manque de formation
  • La faiblesse de l’infrastructure

Involontaire, externe:

  • L’implantation dans d’autres organisations
  • Le manque de capacité d’un fournisseur externe
  • Les enjeux de sécurité

Tactique, interne:

  • Le développement d’autres applications
  • La modification des applications
  • Les interfaces avec d’autres applications

Tactique, externe:

  • La restructuration d’un fournisseur externe
  • Les stratégies du fournisseur dans la réponse aux demandes
  • Les obligations contractuelles externes

Chaque point est décrit en détail et appuyé sur des exemples, je dois dire que c’est assez complet et ça correspond à ce que l’on observe en pratique.

C’est un must !

 

Articles de la semaine

Classification et nomenclature de médicaments

La gestion de banques de données sur les médicaments, par exemple celle d’un système d’information pharmacie, implique la définition d’une classification des médicaments dans cette banque, ainsi qu’une attention particulière à leur nomenclature.

La classification thérapeutique permet par exemple une affichage trié par classe de médicament ou l’extraction de rapports et de statistiques par classe. Les particularités de nomenclature, quant à elles, en plus d’assurer l’intégrité référentielle entre les systèmes et d’être importantes pour reconnaître les médicaments aux noms génériques obscurs (par exemple: carboxyméthycellulose sodique / gélatine / pectine…), servent à différencier les médicaments aux noms similaires (les LASA, “look-alike, sound-alike”).

Évidemment, les classifications et la nomenclature des médicaments d’un centre hospitalier devraient être conformes aux normes gouvernementales (Canada, Québec), réglementaires (OPQ, RAMQ), aux critères d’Agrément Canada et surtout, être uniformes à travers tous les systèmes informatiques et tous les documents papiers du centre. Ceci n’est pas une tâche facile !

Classifications

La classification thérapeutique internationale provenant de l’Organisation Mondiale de la Santé est la classification ATC (Anatomical Therapeutic Chemical). Les principes de classification sont disponibles sur le site web de l’OMS. Les classes peuvent être recherchées facilement par nom de molécule, et les DDD correspondantes sont disponibles dans le même index (voir par exemple la classification de l’anakinra).

Au Québec, l’INESSS et la RAMQ n’utilisent pas la classification ATC mais plutôt la classification américaine AHFS (American Hospital Formulary Service). La liste des médicaments – établissements de la RAMQ est élaborée avec celle-ci. Malheureusement, la classification AHFS n’est pas disponible gratuitement. Pour les médicaments qui n’ont pas été classés par la RAMQ, il est donc nécessaire de s’abonner à l’AHFS ou de tenter d’obtenir la classe par des moyens détournés (par exemple d’autres documents disponibles sur internet qui mentionnent la classe AHFS).

Une autre classification importante est celle des médicaments dangereux, exemplifiée par la fameuse liste du NIOSH américain. Au Québec, cette liste doit bien sûr être interprétée en gardant en tête les normes pour les préparations stériles dangereux et non-stériles de l’OPQ; la liste devrait également être adaptée au formulaire de chaque centre et aux pratiques en vigueur. Pour creuser davantage le sujet, voir une présentation de l’URPP (déclaration de conflit d’intérêt: je connais bien les auteurs). Les médicaments doivent être clairement identifiés dans la banque de données pharmacie et sur les documents générés à partir de celle-ci, notamment pour que personne ne se retrouve en situation de devoir manipuler un tel médicament sans prendre les précautions appropriées.

Encore une autre classification importante: celle des médicaments à haut risque, pour lesquels une erreur comporte un risque plus élevé de conséquences graves. En anglais, on parle de high alert medications. L’ISMP a émis une liste de ces médicaments en contexte de soins aigus et en pratique communautaire. Comme pour les médicaments dangereux, une liste locale doit être élaborée et appliquée aux banques de données sur les médicaments, de manière à ce que tous les systèmes et documents alimentés à partir de cette banque affichent l’information de haut risque, et que les différents professionnels (médecins, infirmières entre autres) comprennent bien de quoi il s’agit.

Nomenclature

L’exemple classique de modification à la nomenclature des médicaments visant à réduire les risques d’erreurs est le TALLman lettering, dont l’objectif est de différencier les médicaments LASA. Comme tout l’anglais dans la dernière phrase l’illustre, ces listes sont en général élaborées à partir des sonorités de la langue anglaise, et bien que l’orthographe des médicaments soit très proche, voire identique en français, la sonorité n’est pas nécessairement la même. Il serait intéressant qu’une liste similaire soit établie en prenant en compte le français. Ça pourrait donner une liste presque identique, mais je me demande ce qu’on pourrait trouver comme différences

Il existe plusieurs listes de médicaments pour lesquels l’écriture TALLman est recommandée, dont une provenant d’ISMP aux États-Unis, une d’ISMP Canada parue en octobre 2015, et une autre d’ISMP Canada ciblant l’oncologie. L’examen du formulaire local et des erreurs passées dans chaque centre peut évidemment mener à des variantes locales.

Avec les percées de la prescription électronique, et de la FADM électronique à venir au Québec, une autre stratégie sera à envisager et à évaluer: l’affichage “intelligent” des médicaments dans les listes, plutôt que par bête ordre alphabétique non filtré. Cela viserait à utiliser des stratégies pour trier, filtrer et différencier les affichages en listes de médicaments aux noms alphabétiquement proches, mais qui sont cliniquement différents, le tout pour éviter une erreur de sélection de médicament.

En bref

Un pharmacien qui doit tenir à jour une banque de données de médicaments dans un établissement de santé devrait selon moi avoir dans ses documents favoris:

  • La liste établissement de la RAMQ et une copie (ou un abonnement en ligne) de l’AHFS.
  • La liste NIOSH 2014 et son adaptation locale.
  • La liste des médicaments à alerte élevée de l’ISMP et son adaptation locale.
  • La liste TALLman de l’ISMP et les listes TALLman d’ISMP Canada, ainsi que leur adaptation locale.

Avez-vous d’autres sources de classification et de nomenclature à souligner ?

 

Classification et nomenclature de médicaments