Interception d’erreurs de préparation de chimiothérapie avec un système de photos et code-barres

L’utilisation de logiciels faisant appel à diverses technologies pour sécuriser la préparation des médicaments, en particulier les produits stériles et la chimiothérapie, ne date pas d’hier. Ces derniers temps, les systèmes avec gravimétrie sont particulièrement en vogue. Un nouvel article venant d’Espagne a été publié au mois de mars, et décrit un système avec prise de photos et vérifications par code-barres sans gravimétrie.

L’étude a eu lieu dans un hôpital académique espagnol de 1300 lits, préparant 220 doses de chimiothérapie par jour en moyenne. Les données de toutes les préparations de chimiothérapie de juin à septembre 2017 ont été incluses dans l’étude. L’objectif primaire était de décrire les erreurs interceptées par le système, en particulier le nombre, le type et la sévérité des erreurs. Une analyse économique de l’impact du système a été réalisée en objectif secondaire. Je ne discuterai pas de l’analyse de la sévérité des erreurs et de l’analyse économique ici, car je trouve que ce genre d’analyse repose souvent sur des hypothèses qui sont difficiles à exporter en dehors du contexte de l’étude; je crois que ce genre d’analyse devrait s’effectuer localement et non se baser sur des données d’autres centres.

Le système comme tel permet de prendre des photos des préparations à différentes étapes, de valider l’identité des produits utilisés avec la lecture de leurs code-barres, et de documenter les numéros de lots et les dates d’expiration des produits.

9872 préparations pour 132 médicaments et 1462 patients ont été faites avec le système. 18 techniciens différents ont fait les préparations. 78 erreurs impliquant 32 médicaments ont été interceptées. 56 (69,2%) erreurs étaient des erreurs de dose, 20 (28,2%) étaient des erreurs de technique et 2 (2,6%) des erreurs de sélection de médicament.

Je trouve l’étude intéressante dans le contexte récent où on ne parle que de gravimétrie. Cependant, l’absence de données sur la prévalence d’erreurs avant la mise en place du système rend difficile l’appréciation du bénéfice réel. En particulier, les auteurs décrivent comment la procédure de vérification en place avant que ce système soit implanté n’impliquait que la vérification des produits source et l’inspection visuelle du produit fini. Ceci me semble inhabituel; les pharmaciens ne vérifiaient-ils pas les volumes ajoutés ? Si c’est effectivement le cas, il s’agit d’une pratique très différente du baseline de la pratique québécoise, où les pharmaciens vérifient tous les volumes avant l’ajout. L’étude est donc intéressante à connaître, mais l’interprétation de ses résultats est difficile.

Articles de la semaine

ÉTATS-UNIS, UN LOGICIEL DE GESTION DE LA PRODUCTION STÉRILE AVEC MÉTHODE GRAVIMÉTRIQUE EN ONCOLOGIE AMBULATOIRE

Cette étude descriptive a évalué un système d’assistance à la préparation des médicaments stériles, dans un contexte de clinique d’oncologie ambulatoire. Le logiciel utilise une balance afin d’assurer un suivi du poids des médicaments et diluants manipulés, assurant ainsi une vérification gravimétrique des quantités utilisées, plutôt qu’une vérification visuelle avec photos. La vérification de l’identité des produits utilisés est assurée par code-barre.

L’étude a eu lieu de novembre 2012 à novembre 2013. Elle a débuté avec 3 médicaments et a été étendue jusqu’à 28 médicaments durant la période de l’étude; 52 autres médicaments n’ont pas été inclus dans le système, il y avait donc un double système durant l’étude. Une marge de 4% était tolérée pour le poids des médicaments prélevés en seringue avant injection dans le sac d’administration, et une marge de 5% était tolérée pour le poids final du sac. Étrangement, le système avait de la difficulté avec les petits volumes et pour ceux-ci une marge de 10% a été tolérée, mais les données pour ces situations ont été exclues de l’analyse. Dans le même ordre d’idées, une marge de 15% était tolérée pour la reconstitution des médicaments en poudre, cependant le système incluait une fonctionnalité d’ajustement de la recette de préparation en fonction de la déviation du volume de diluant pour que la dose finale préparée soit la bonne.

15 843 doses de médicaments ont été préparées avec le système durant la période d’étude, avec une erreur détectée dans 7,1% des doses. 26% des erreurs détectées l’ont été par le système de code-barre. 71% des erreurs ont été détectées avec le système d’analyse gravimétrique durant la mesure des doses avant l’injection dans le sac, et 3% des erreurs ont été détectées durant la reconstitution des vials. Le temps de préparation de doses est passé de 9.2 ± 6.9 minutes à 6.0 ± 4.3 minutes après l’implantation du système. Le temps de validation des doses est passé de 3.17 minutes à 2.00 ± 0.78 minutes. Les auteurs offrent une analyse des coûts sauvés avec ce système.

L’étude est pertinente car elle montre la capacité et l’impact sur le temps de préparation et de validation pour un tel système. Cependant, les auteurs argumentent en faveur de ce système par rapport à un système de validation avec images numériques, sans toutefois que l’étude ne présente de données sur les erreurs détectées avec ce type de logiciel. De même, l’exclusion des doses à petit volume de l’analyse des données est une lacune majeure.

ÉTATS-UNIS, AMÉLIORER L’ADHÉSION AUX PROTOCOLES DE TRAITEMENT EN ASSOCIANT DES ORDONNANCES ÉLECTRONIQUES

Cette petite étude a comparé les taux d’ordonnances pour des multivitamines, de la thiamine et et de l’acide folique dans le cadre d’un protocole pour le traitement du sevrage d’alcool, avant et après l’ajout d’un lien entre les prescriptions électroniques pour les médicaments de traitement du sevrage et les vitamines. Les données de janvier à juin 2012 (pré ajout du lien) ont été comparées aux données de janvier à juin 2013 (post ajout).

Malheureusement, la qualité des données de l’étude est assez mauvaise, cependant les vitamines semblent avoir été prescrites dans environ 3 à 10% des cas avant l’ajout du lien, comparativement à environ 78% des cas dans la période post. Cette petite étude suggère donc que les liens entre les ordonnances faisant partie d’un même contexte clinique (un order set, autrement dit) peut améliorer l’adhésion à un protocole de traitement par les prescripteurs.