Lignes directrices ASHP-PPAG sur les services et soins pharmaceutiques en pédiatrie

Le dernier numéro de l’AJHP contenait cet article, qui découle d’un effort conjoint de l’ASHP et du PPAG pour décrire la prestation de services et de soins attendue d’un département de pharmacie dans une institution desservant des patients pédiatriques. Le document comporte des points couvrant l’ensemble des activités d’un département, incluant notamment la distribution des médicaments, la validation des ordonnances, les préparations stériles et non stériles, la recherche, les soins aux patients, etc. Je vous présente ici quelques points liés aux technologies.

Dans la section des infrastructures, on mentionne qu’un système d’information pharmacie doit être utilisé et devrait être interfacé avec les autres systèmes d’information de l’établissement, notamment:

  • La prescription électronique
  • L’administration des médicaments assistée par code-barre
  • Le dossier patient électronique (comprenons le DCI Cristal-Net dans le contexte québécois)
  • Le système de facturation (comprenons au Québec le système de tarification à l’activité qui ne manquera pas d’arriver)

Les fonctions devant être supportées par des outils technologiques sont:

  • L’accès au dossier patient
  • La documentation des activités
  • La tenue de dossiers et de profils pharmacologiques
  • La gestion d’inventaire
  • La tarification
  • La prescription
  • L’aide à la décision
  • L’obtention d’information sur les médicaments.

On mentionne qu’un pharmacien possédant des compétences en pédiatrie devrait être impliqué dans le développement et la maintenance des ordonnances pré-rédigées et des références, notamment des doses, disponibles dans les systèmes.

Dans la section spécifique à la technologie, on décrit les technologies de pharmacie (pharmacy HIT) comme devant être intégrées aux systèmes cliniques et financiers de l’institution et que les décisions concernant ces systèmes devraient inclure le département de pharmacie comme partie prenante.

Les logiciels de prescription électronique et d’aide à la décision devraient être adaptés à la pédiatrie, personnalisables, et comprendre au minimum la prise en charge des doses selon l’âge, le poids ou la surface corporelle avec des doses maximales, la détection d’allergies ou d’interactions. Les ordonnances pré-rédigées de mêmes que les « order sentences » (les phrases d’ordonnances non incluses dans une ordonnance pré-rédigée complète) devraient être révisées par le département de pharmacie. Le département de pharmacie devrait participer à la gouvernance des systèmes d’aide à la décision. Les paramètres de ces systèmes impactant les services du département de pharmacie et les interventions mises en place devraient faire l’objet d’un suivi post implantation.

L’ensemble des technologies liées au circuit du médicament (cabinets, carrousels, robots, etc.) devraient prendre en charge les particularités des médicaments pédiatriques et des technologies comme le code-barres, la traçabilité des médicaments et les logiciels d’assistance à la production stérile devraient être considérés.

La feuille d’administration des médicaments devrait être électronique et directement interfacée ou intégrée au système d’information pharmacie, et devrait utiliser une vérification des médicaments par RFID ou code-barres avant l’administration.

Les pompes à perfusion devraient être choisies avec l’aide du département de pharmacie et prendre en charge les doses pédiatriques. Les bibliothèques devraient être sous la responsabilité d’un pharmacien avec des compétences en pédiatrie et comprendre des limites contournables et non contournables.

Les sections subséquentes ajoutent des particularités, notamment sur la terminologie dans la prescription électronique, sur l’utilisation des profils pharmacologiques pour la dispensation de médicaments à l’aide des cabinets automatisés; ce sont des points relativement bien connus et recoupant d’autres références.

Je trouve que cet article donne un bon tour d’horizon des meilleures pratiques pour l’ensemble d’un département de pharmacie offrant des services pédiatriques, et offre un bon sommaire des technologies disponibles et de la manière de les mettre en place. Les pratiques décrites font écho aux lignes directrices d’autres organismes, notamment l’ISMP. Bref, cet article est un incontournable.

Utilisation d’une bibliothèque d’ordonnances pré-rédigées dans un hôpital américain

Malgré plusieurs articles qui décrivent l’impact positif d’ordonnances pré-rédigées (order sets) utilisées seules ou comme partie d’un groupe d’interventions pour améliorer la prise en charge de divers problèmes, peu de publications détaillent les systèmes en place pour gérer et diffuser ces ordonnances.

L’article présenté ici est un « abrégé » (plutôt long) présenté au congrès de l’American Medical Informatics Association. Le texte complet est disponible gratuitement sur PubMed Central, ce qui est rare pour le contenu de l’AMIA.  L’article décrit la mise en place du logiciel Cerner EHR dans une organisation de soins de santé américaine située en Utah. L’organisation est énorme et englobe 22 hôpitaux, 1 hôpital pédiatrique, 185 cliniques externes, 18 cliniques communautaires et un plan d’assurance. Près de la moitié des résidents de l’Utah sont suivis dans cette organisation. Le logiciel mis en place permet le développement d’ordonnances pré-rédigées et permet à chaque prescripteur de développer des ordonnances personnalisées dérivées des modèles institutionnels. Suite à l’implantation du système, un tableau de bord d’indicateurs a été développé pour permettre l’analyse de l’utilisation des ordonnances pré-rédigées et pour fournir de la rétroaction à leurs auteurs. Les données d’utilisation de 12 mois, de février 2015 à février 2016, ont été extraites.

Les fonctionnalités du tableau de bord étaient entre autres:

  • Afficher les volumes d’utilisation de chaque ordonnance, découpés en utilisation du modèle de base et de variantes personnalisées.
  • Afficher l’utilisation d’une ordonnance en fonction du temps, découpé par version et par modèle.
  • Détailler les versions de chaque ordonnance, incluant les dates et heures de versions, les auteurs, ainsi que les différents changements dans chaque modèle standard et dans chaque version personnalisée.
  • L’évolution schématisée graphiquement des éléments individuels inclus dans l’ordonnance pré-rédigée, notamment ce qui a été ajouté, retiré ou modifié.

Dans les données d’une année qui ont été extraites, les auteurs ont constaté que 107 auteurs avaient développé plus de 1400 modèles standards d’ordonnances pré-rédigées, cependant moins de la moitié de ce qui avait été développé avait été réellement utilisé. Près de 300 000 instances d’utilisation ont été collectées. Ils ont constaté que différents départements avaient une approche très différente, par exemple le département de cardiologie ne permettait pas la personnalisation de ses modèles tandis que d’autres départements encourageaient cette pratique. Les utilisateurs avaient tendance à créer des modèles personnalisés des ordonnances pré-rédigées simplement pour en changer le nom à quelque chose qu’ils étaient plus susceptibles de retrouver facilement, plutôt qu’à en changer le contenu. En effet, 80% du volume d’ordonnances générées à partir de ces documents était conforme au contenu standard. Une fonctionnalité utile du logiciel était que les mises à jour du modèle standard étaient poussées aux modèles personnalisés, diminuant ainsi le risque d’utiliser une ordonnance désuète. Les auteurs considèrent que leur tableau de bord s’est avéré utile pour améliorer le développement des ordonnances pré-rédigées. Ils citent en exemple les ordonnances post-partum qui ont été modifiées suite à l’examen des données d’utilisation.

Il est cependant souligné que la non utilisation d’une grande quantité d’ordonnances pré-rédigées est préoccupante, car un formulaire non utilisé pourrait devenir désuet ou même diverger de nouvelles recommandations cliniques. Les auteurs suggèrent de considérer la suppression d’ordonnances pré-rédigées inactives pour un certain temps et pour réduire les ressources nécessaires au maintien de la bibliothèque.

Je trouve cet article intéressant car il décrit bien les problèmes vécus dans la gestion d’une grande bibliothèque d’ordonnances pré-rédigées, et il montre bien comment l’informatisation d’un tel processus peut avantageusement inclure un volet de collecte de données, d’indicateurs et d’analytique.

Accélérer l’administration d’antibiotiques en neutropénie fébrile à l’aide d’ordonnances pré-rédigées

Il s’agit d’une étude rétrospective qui avait pour objectif de décrire le temps pour l’administration des antibiotiques en relation avec les issues cliniques chez des patients adultes d’hématologie dans un centre hospitalier situé au Kentucky. Une des issues secondaires de l’étude était le lien entre des ordonnances pré-rédigées et le temps d’administration.

Les données ont été collectées entre le 1er janvier 2010 et le 1er septembre 2014. Les patients inclus avaient un cancer hématologique ou une greffe de moelle osseuse, mais étaient exclus si le diagnostic d’admission était la neutropénie fébrile, pour ne conserver que les patients ayant développé cette complication durant leur hospitalisation, afin de bien caractériser le délai d’administration des antibiotiques. Les critères de diagnostic et le traitement recommandé dans le centre à l’étude sont décrits dans l’article. À noter, les principaux antibiotiques à administrer empiriquement étaient disponibles dans des cabinets automatisés sur les unités de soins.

Les issues cliniques défavorables considérées étaient un composite de la mortalité intra-hospitalière, de l’admission aux soins intensifs, et de l’initiation d’amines.

244 événements ont été inclus dans l’étude pour 216 patients, en moyenne âgés de 52,1 ans. 35 issues cliniques défavorables ont été identifiées. Le temps pour l’administration des antibiotiques était variable entre 10 et 1495 minutes, avec une médiane de 102 minutes en absence d’issues cliniques défavorables et 120 minutes si une issue défavorable était identifiée, une différence qui n’était pas significative (p=0,9277).

Plusieurs autres résultats cliniques sont présentés dans l’article. En ce qui a trait aux ordonnances pré-rédigées, les auteurs ont identifié leur utilisation dans 176 événements (72,1%). L’utilisation d’ordonnance pré-rédigée était liée à une réduction significative du temps pour l’administration des antibiotiques de 42,2%, p=0,0007, soit 96 minutes comparativement à 166 minutes. Cependant, ceci n’était pas lié à de meilleures issues cliniques.

Les auteurs discutent de ces observations, notamment du fait que l’absence de lien entre le délai d’administration et les issues cliniques défavorables peut s’expliquer par la nature rétrospective de l’étude et le fait que les patients ayant développé des complications n’étaient pas nécessairement comparables à ceux n’en ayant pas développé. Néanmoins, il est intéressant de constater que les ordonnances pré-rédigées semblent avoir un effet marqué sur le délai d’administration. En effet, celles-ci permettent probablement de débuter le traitement dès l’atteinte de critères diagnostics prédéterminés plutôt que de devoir attendre une évaluation médicale et la rédaction d’une ordonnance. Bien sûr, le tout dépend également de la disponibilité des doses d’antibiotiques pour administration rapide, ce qui doit être encadré d’une manière bien définie afin de s’assurer que le processus demeure sécuritaire.

Fonctions avancées de prescription électronique et durée de séjour

Cette étude a été réalisée dans deux hôpitaux affiliés du sud-est américain et avait pour objectif d’évaluer la relation entre l’utilisation des fonctions avancées de prescription électronique (order sets, aide à la décision, documentation, etc.) et la durée de séjour. Ce qui est intéressant dans la méthodologie de l’étude et qui diffère de la plupart des études sur le sujet est l’évaluation de l’utilisation des fonctions avancées. Les auteurs expliquent que dans la plupart des études, on évalue le simple lien entre la disponibilité d’une fonction et un paramètre clinique; les effets observés étant attribuées à cette fonction sans nécessairement que sa réelle utilisation soit prise en compte. Cependant, en pratique, il peut exister une grande variabilité entre les praticiens et entre les équipes en ce qui a trait à l’utilisation de ces fonctions et il est légitime de se questionner sur l’effet de cette utilisation.

Dans le contexte de cette étude, les auteurs ont donc établi des mesures d’utilisation des fonctions de prescription électronique:

  • Le nombre d’ordonnances par jour par patient
  • Le pourcentage d’ordonnances faisant partie de order sets
  • Le pourcentage d’alertes prises en compte
  • Le nombre d’entrées de documentation par jour par patient
  • Le nombre de consultations du dossier électronique par jour par patient
  • Le nombre de notes d’évolution par jour par patient

Ces mesures ont été établies pour le médecin traitant, pour l’équipe principale et pour l’équipe de support, toutes définies dans l’article. Ensuite, ces mesures ont été corrélées avec la déviation de la durée de séjour par rapport à la durée attendue en fonction de la condition médicale, laquelle était calculée en fonctions de divers paramètres cliniques et administratifs. 2475 patients ayant été hospitalisés pour 5 conditions cliniques pré-définies et ayant eu congé entre le 1er décembre 2011 et le 31 août 2012 ont été sélectionnés aléatoirement. Les conditions cliniques incluses étaient un accouchement vaginal, un remplacement de hanche ou de genou, une chirurgie cardiovasculaire, une pneumonie, ou une transplantation d’organe.

Il ressort des résultats que la mesure totale d’utilisation des fonctions avancées par les équipes était corrélée à une durée de séjour plus courte pour les 5 conditions incluses. Néanmoins, lorsque les résultats sont découpés par type d’équipe et par condition, certaines corrélations n’étaient pas significatives. L’étude a tout de même une portée limitée car elle inclut uniquement des patients provenant de 2 hôpitaux d’une même région des États-Unis et un éventail limité de conditions cliniques, cependant je trouve la méthode intéressante pour l’évaluation de l’utilisation des fonctions avancées de prescription électronique.

Ressource pour les ordonnances pré-rédigées (mise à jour décembre 2016)

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Cet article est une mise à jour sur les ressources pour les ordonnances pré-rédigées que j’avais publiées à la fin août 2016. J’ai ajouté quelques articles pertinents sur le sujet trouvés depuis.


Une partie importante de mon travail est la gestion, la révision et l’approbation d’ordonnances pré-rédigées.

Quand on parle d’ordonnances pré-rédigées, on désigne un document établi à l’avance, électronique ou sur papier, présentant de manière structurée un groupe d’ordonnances reliées à une situation clinique, comme la prise en charge d’un problème de santé, la prescription d’un médicament complexe ou d’un protocole, qui a pour objectif d’orienter les prescripteurs vers les pratiques recommandées dans ce contexte et de diminuer les risques d’erreurs, par exemple en proposant des doses pour les médicaments et en clarifiant les critères d’utilisation. L’utilisation de ces documents est très populaire en établissement de santé.

En anglais, on parle de « order sets« , surtout dans le contexte de la prescription électronique. Bien sûr, dans le contexte québécois où la prescription électronique est encore à l’état embryonnaire, ces ordonnances pré-rédigées se retrouvent souvent sur papier. Néanmoins, plusieurs ressources disponibles, bien que conçues pour l’électronique, s’appliquent bien au papier.

Les avantages de ces documents sont évidents, je cite ISMP qui dit que les ordonnances pré-rédigées permettent:

  • D’intégrer et de coordonner les soins en diffusant les meilleures pratiques.
  • D’appliquer la médecine factuelle.
  • De réduire la variation et les omissions non intentionnelles à l’aide d’une présentation standardisée et claire des ordonnances.
  • D’améliorer les flots de travail en présentant des instructions claires, bien organisées et directement applicables aux systèmes en place de même qu’aux instruments d’administration des médicaments.
  • De réduire le potentiel d’erreurs médicamenteuses à l’aide d’avertissements et de rappels intégrés.
  • De réduire les appels aux prescripteurs pour clarifier des ordonnances imprécises.

ISMP souligne par ailleurs que des ordonnances pré-rédigées mal conçues, mal révisées ou mal maintenues peuvent contribuer à des erreurs, d’où l’importance d’avoir un processus clair pour la rédaction et l’approbation de ces documents dans un établissement. Je partage donc ici quelques ressources à ce sujet:

Lignes directrices

  • Les lignes directrices d’ISMP sur la rédaction d’ordonnances pré-rédigées. Celles-ci s’appliquent autant au papier qu’à l’électronique. Il s’agit d’un excellent document et c’est le seul je connais qui est très précis au niveau des règles de rédaction, non seulement à propos du formatage et de la mise en page, mais également à propos des types d’ordonnances qui sont appropriées ou non, par exemple:
    • Éviter les ordonnances multiples d’analgésiques, antiémétiques, laxatifs, antiacides, sédatifs, et autres par toutes les voies possibles pour couvrir tous les scénarios.
    • Éviter les ordonnances conditionnelles (si ceci faire cela) qui transfèrent la responsabilité de décider si un médicament doit être donné à un autre professionnel que le prescripteur, sauf si les paramètres sont clairs et font partie du champ de pratique du professionnel concerné. Par exemple « débuter médicament x si diagnostic y » n’est pas adéquat si c’est l’infirmière qui se retrouve en position de décider si le patient a le diagnostic y pour débuter le médicament. Une ordonnance adéquate serait: « débuter antibiotique après avoir obtenu 2 hémocultures ».
    • Éviter les ordonnances ambiguës et générales comme « reprendre médicaments habituels » ou « poursuivre médicaments pré-opératoires ». Je dois dire que c’est difficile de faire réaliser à plusieurs médecins que des ordonnances comme celles-là sont dangereuses !
  • Les lignes directrices d’ISMP Canada sur les ordonnances pré-rédigées pour l’insuline sous-cutanée.
    • À lire avant de réviser des ordonnances d’insuline !

Articles

  • Un article paru dans Chest en janvier 2013 sur les bonnes pratiques pour les ordonnances pré-rédigées. Cet article a été écrit par une seule personne, mais il regroupe des recommandations de plusieurs références. Je trouve que les principes proposés dans cet article sont très bons, en particulier:
    • Avant de débuter la rédaction d’une ordonnance pré-rédigée, de bien définir les objectifs visés, les problèmes à résoudre et les personnes responsables.
    • Être attentif au possibilités de conséquences adverses inattendues d’une ordonnance pré-rédigée, par exemple si la prescription d’un médicament n’est pas claire.
    • Bien réfléchir à la nomenclature des ordonnances pré-rédigées pour qu’elles puissent être retrouvées par la suite.
    • Définir à l’avance si les éléments inclus dans l’ordonnance pré-rédigées doivent être fondés sur des preuves ou si l’inclusion de préférences de praticiens est envisageable… dans ma pratique je vois souvent des pratiques personnelles se frayer un chemin dans des ordonnances pré-rédigées, qui par la suite deviennent la « pratique standard », simplement parce que le document a l’air « officiel » !
  • Un article de la revue Pediatrics qui décrit de manière détaillée les problèmes vécus par un hôpital pédiatrique de Seattle dans la gestion de ses ordonnances pré-rédigées et les changements mis en place pour les corriger.
    • Les problèmes constatés à cet hôpital étaient:
      • L’absence de responsables cliniques pour chaque ordonnance, causant des demandes contradictoires et des délais de mise à jour.
      • L’absence de standardisation et de gouvernance.
      • Un processus de révision informel et irrégulier.
      • L’absence de maintenance et de mises à jour.
      • Des demandes peu spécifiques de la part des cliniciens (par exemple, une demande pour une « ordonnance de gestion de l’anticoagulation »).
    • Les solutions mises en place étaient:
      • L’assignation de cliniciens responsables pour chaque ensemble d’ordonnances (« order set owners« ).
      • Le développement d’un guide de rédaction standardisé.
      • La mise en place d’un processus de révision multidisciplinaire avec documentation.
      • L’ajout d’une phase de test dans le système informatique de l’hôpital afin de corriger les défauts avant le déploiement.
    • La discussion de l’article est intéressante; elle détaille les points positifs et négatifs de la démarche effectuée dans cet hôpital.
  • Un article de Health Care Quarterly sur la formalisation du processus de développement des ordonnances pré-rédigées. je trouve cet article pertinent car il illustre bien les gains réalisés en partant d’un système de rédaction informel à un processus structuré.

Ressources en ligne

Si vous connaissez d’autres ressources utiles, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires.

Processus systématique pour la révision des ordonnances pré-rédigées

55389609 - healthy lifestyle design, vector illustration eps10 graphicCet article est disponible gratuitement en texte complet sur PubMed Central. Il article décrit un changement apporté dans le processus d’élaboration et de révision des ordonnances pré-rédigées (électroniques) dans un centre hospitalier de 336 lits situé en Virginie, aux États-Unis. Le centre utilisait depuis 2005 la prescription électronique avec des ensembles d’ordonnances pré-rédigées développées de manière progressive. Avant ce changement, la révision de ces ordonnances était informelle et peu coordonnée, plus de 200 ensembles d’ordonnances n’avaient pas été révisées depuis plus de 9 ans et le temps moyen entre une demande de révision et sa mise en place dans le logiciel était de 79,6 jours.

Trois causes ont été identifiées comme étant à la source de cette situation: la priorité des requêtes n’était pas claire, trois équipes différentes devaient travailler sur chaque dossier sans nécessairement que leur temps ne soit coordonné, et les clarifications nécessaires de la part des demandeurs étaient longues à obtenir.

Une équipe avec un gestionnaire de projet et des analystes de la pharmacie, du nursing, des laboratoires et de l’informatique a été mise en place. Cette équipe a développé un processus systématique et cyclique pour la révision des 550 ensemble d’ordonnances en place, avec une cible de 15 à 25 révisions par mois, et un objectif d’un délai de 8 semaines pour la révision du contenu par les équipes cliniques. Les ensembles d’ordonnances ont été priorisés pour révision en fonction de leur alignement avec les priorités de l’organisation et la sécurité des patients. Les demandes ponctuelles étaient priorisées selon les mêmes critères. Les intervenants pour chaque ensemble d’ordonnances ont été définis avec des responsabilités précises. Le travail a été centralisé à partir de documents partagés sur le réseau de l’hôpital, afin de réduire le recours à des chaînes de courriels et de mieux gérer les versions de documents. Un processus d’approbation finale, de même que les lignes directrices pour le style de rédaction ont été définies.

Après la mise en place de ce fonctionnement, le délai de révision des ordonnances est passé à 43,2 jours, une diminution d’environ 36 jours. Les auteurs identifient la priorisation des révisions comme étant une clé de leur succès, en particulier parce que cela a permis aux équipes cliniques de réviser leurs ordonnances en blocs, et donc de pouvoir faire les changements à tous leurs ensembles d’ordonnances en une seule fois, plutôt qu’en plusieurs demandes ponctuelles. Cependant, un obstacle identifié était le manque de temps dédié des cliniciens pour travailler sur ces ordonnances.

Je trouve cet article très intéressant car il rejoint plusieurs éléments clés de ma pratique pour la gestion des ordonnances pré-rédigées. On voit que la tâche de gérer ces ordonnances pré-rédigées est importante et qu’un processus systématique pour leur élaboration et leur révision permet d’en améliorer l’efficacité. La liste de références de l’article est intéressante et à explorer.

Articles de la semaine

États-Unis, documentation de l’administration de vaccins améliorée par le code-barre en 2D

Cette étude a été menée par la division de l’immunisation du CDC américain ainsi qu’une firme de consultants. Elle avait pour objectif de comparer l’exactitude des numéros de lots et des dates d’expiration de vaccins lorsque scannés à partir des code-barres en 2D apposés sur les fioles, comparativement à une saisie manuelle, tel que documenté dans les dossiers électroniques. Les centres participants à l’étude ont été identifiés à partir des centres participants à une autre étude sur l’identification par code-barre des vaccins. Des hôpitaux, des cliniques et des pharmacies ont été approchées. Les chercheurs fournissaient des lecteurs de code-barre 2D et une formation sur leur utilisation. Les données documentées ont été extraites des dossiers électroniques, et si la capacité de documenter la méthode d’entrée du lot et date d’expiration n’existait pas dans le système en place, un logiciel supplémentaire était installé par les chercheurs pour capturer cette information. Les données ont été collectées entre le 1er juillet 2014 et le 31 janvier 2015.

34 organisations ont participé à l’étude, dont 13 avec une spécificité pédiatrique. Seulement 32 organisations ont fourni des données analysables et ont donc été incluses dans l’analyse. 128 573 administrations de vaccins ont été enregistrées durant l’étude. 6 logiciels de documentation électronique ont été utilisés. La vaste majorité des données provenait d’institutions privées plutôt que publiques. Pour le numéro de lot, 15 496 entrées ont été scannées et 113 077 saisies manuellement, et pour la date d’expiration, 12 423 ont été scannées et 105 005 saisies manuellement.

Les numéros de lots était exacts dans 96,1% des cas lorsque scannés, comparativement à 94,3% des cas lorsque saisis manuellement (p<0,001). De même, les dates d’expiration étaient exactes dans 95,8% des cas lorsque scannées, comparativement à 84,8% des cas lorsque saisies manuellement (p<0,001). Fait intéressant, un modèle de régression logistique multivariée a été utilisé pour évaluer l’effets de plusieurs variables sur l’exactitude de la saisie, et il en est ressorti que les code-barres de certains manufacturiers comportaient de l’information moins exacte que pour d’autres.

L’étude est intéressante car elle montre la capacité d’obtenir des code-barres 2D comportant les numéros de lots et de date d’expiration lorsque ceci est requis par une loi fédérale, comme c’est le cas aux États-Unis. Par ailleurs, l’utilisation de ces code-barres pour documenter les lots et dates d’expiration semble faible (~10-15% des cas), même lorsque le matériel requis pour les scanner est disponible. Il est aussi intéressant de noter que les données encodées dans les code-barres ne sont pas 100% exactes. Enfin, je trouve étrange que la documentation de ces données soit exigée pour les vaccins, mais pas pour tous les autres médicaments. Bien sûr, avec le fonctionnement actuel, ce ne serait pas réaliste de documenter ces données à chaque administration. Cependant, dans le futur, avec l’administration des médicaments assistée par code-barre, le tout pourrait s’automatiser en grande partie, ce qui permettrait une meilleure traçabilité des doses administrées.

États-Unis, ligne directrice et ordonnance pré-rédigée pour améliorer le traitement de la pneumonie

Cette étude rétrospective de type pré-post avait pour objectif d’évaluer l’efficacité d’une intervention mise en place pour améliorer la qualité du traitement de la pneumonie acquise en communauté dans un hôpital académique de 477 lits situé à Denver. Les auteurs souhaitaient diminuer le recours aux fluoroquinolones, au CT-scan et aux cultures d’expectorations, lesquelles fournissaient rarement de l’information susceptible d’affecter les choix de traitement.

Une intervention a été mise en place suite à l’élaboration d’une ligne directrice par plusieurs départements médicaux et le département de pharmacie. Cette ligne directrice a été diffusée aux prescripteurs, et une ordonnance pré-rédigée pour l’admission de patients avec ce diagnostic a été mise en place en juin 2011. Notamment, le traitement initial comprenait la ceftriaxone avec l’azithromycine, puis le traitement était poursuivi avec azithromycine orale seule, les fluoroquinolones étant réservées aux situations d’allergie prouvée aux bêta-lactames. La durée de traitement totale recommandée était de 5 jours.

La période pré a été définie comme allant du 15 avril 2008 au 31 mai 2009, et la période post du 1er juillet 2011 au 31 juillet 2012. Les patients de 18 à 89 ans, admis avec un diagnostic de pneumonie acquise en communauté et non admis aux soins intensifs, ont été inclus. 166 patients ont été inclus dans la période pré et 84 dans la période post. Les patients étaient comparables entre les groupes, sauf plus de MPOC dans la période post. La durée médiane de traitement est passée de 10 à 7 jours (p<0,0001), principalement en raison d’une diminution de la durée prescrite d’antibiotiques oraux au congé. Le taux de prescription de lévofloxacine est passé de 60% à 27% des cas (p<0,0001). Les taux d’utilisation du CT-scan et de cultures d’expectorations ont aussi diminué.

Les issues cliniques ne se sont pas détériorées durant la période post, cependant 5 cas de réadmission ont été notés en post contre 2 en pré, mais 4 des 5 patients réadmis n’avaient pas reçu le traitement recommandé par la ligne directrice.

Cette étude montre qu’une intervention de parrainage de l’antibiothérapie peut être efficace en intégrant une ordonnance pré-rédigée afin d’influencer les choix de traitement vers les lignes directrices.

Canada, effet de la dompéridone sur l’intervalle QT en pédiatrie

32942824_sCette revue systématique, disponible gratuitement en texte complet sur PubMed Central, avait pour objectif de clarifier l’état des connaissances sur la prolongation de l’intervalle QT induit par la dompéridone en pédiatrie, dans la foulée d’un avis de Santé Canada sur les risques cardiaques associés à ce médicament. En particulier, l’avis de 2015 de Santé Canada était basé sur 2 études de surveillance ayant identifié un risque de prolongation de l’intervalle QT et d’événements cardiaques chez les patients de plus de 60 ans. Les patients pédiatriques étaient exclus de ces études, l’applicabilité en pédiatrie n’était donc pas claire.

Une recherche sur PubMed et Embase a été menée de manière systématique. Les études observationnelles et randomisées ont été incluses lorsqu’elles portaient sur des patients pédiatriques, puis un tri manuel a été effectué pour garder seulement les études contenant de la recherche originale et pour exclure les patients d’oncologie, chez qui une prolongation de l’intervalle QT pourrait être confondu par les traitements de chimiothérapie.

5 études ont été incluses, dont 3 études observationnelles prospectives, 1 essai randomisé et un rapport de cas, publiés entre 2005 et 2012. Les 137 patients inclus dans ces études avaient moins d’un an, incluaient des bébés prématurés jusqu’à 24 semaines d’âge gestationnel. Aucun patient entre 1 et 18 ans n’a été inclus. Le rapport de cas décrit un enfant de 3 mois ayant eu une prolongation de l’intervalle QT à 463 ms, et retour à une valeur <450 ms après arrêt du traitement. Parmi les 3 études prospectives, 2 n’ont pas trouvé de changement statistiquement significatif pré et post traitement sur l’intervalle QT, et une a observé un changement de 373.2 ± 4.8 ms à 387.2 ± 5.1 ms (p<0,01). Dans chacune de ces trois études, 1 ou 2 bébés ont eu une prolongation asymptomatique au dessus de 450 ms de l’intervalle QT. Dans l’étude randomisée, aucun changement de l’intervalle QT significatif n’a été observé entre les groupes ni avant et après le début du traitement par dompéridone, et aucun enfant n’a eu de prolongation de l’intervalle QT au dessus de 450 ms.

Les auteurs présentent la conduite adoptée au Hospital for Sick Children de Toronto, notamment:

  • La dompéridone est contre-indiquée chez les patients avec un intervalle QT de base >450 ms.
  • Les autres facteurs de risque décrits par les avis de Santé Canada (anomalies électrolytiques, prise d’inhibiteurs du CYP3A4) sont considérés des contre-indications relatives.
  • La dose maximale de 30 mg/jour n’est évidemment pas applicable à la pédiatrie.
  • Chez les patients avec facteurs de risque de torsades de pointe (hypokaliémie, arythmies, anomalies structurelles cardiaques, prises d’inhibiteurs du CYP3A4, prise de diurétiques pouvant entraîner une hypokaliémie, doses élevées de dompéridone), un ECG est fait avant le début du traitement et 48h après.