Erreurs de prescription électronique en clinique externe de pédiatrie

L’Académie Américaine de Pédiatrie (AAP) a émis des lignes directrices sur les fonctionnalités de prescription électronique qui sont nécessaires pour sécuriser ce processus en pédiatrie. Je n’ai pas parlé de ces lignes directrices sur ce blogue car elles datent de 2013 et elles se centrent surtout sur la prescription faite en clinique externe et destinée aux pharmacies communautaires. En 2015, je mentionnais un article espagnol qui incluait ces lignes directrices dans une revue plus générale des technologies de prescription et d’administration destinées à la pédiatrie.

Un nouvel article paru au début du mois d’avril s’est penché sur les erreurs de prescription électronique en pédiatrie, et les a examinées en regard des critères de l’AAP. L’étude a eu lieu dans trois cliniques de médecine de famille ou de pédiatrie dans 3 organisations de santé américaines étant dotées d’un dossier électronique unique. Les logiciels précis sont nommés dans l’article. Les ordonnances incluses était les ordonnances de médicaments destinées aux pharmacies communautaires. Toutes les ordonnances émises pour des patients pédiatriques durant une période de 1 à 2 mois, c’est-à-dire jusqu’à l’obtention de 400 ordonnances ou plus par clinique, étaient incluses. Chacun des trois logiciels a été évalué pour sa conformité aux lignes directrices de l’AAP sur une échelle à trois niveaux; le tableau de cette conformité est présenté dans l’article. Les ordonnances ont ensuite été revues par un panel composé de pharmaciens et médecins qui ont déterminé la présence d’erreurs en fonction de critères pré-établis.

Les trois logiciels en place dans les cliniques rencontraient les critères de l’AAP à 21-47%. Les cliniques 1, 2 et 3 ont fourni respectivement 477, 408 et 633 ordonnances, avec un taux d’erreur de 13,2, 8,8 et 6,6%. Il est intéressant de noter que la classe des antimicrobiens était la plus prescrite et comptait pour 24 à 33% des erreurs. Selon les auteurs, 83% des erreurs auraient pu être prévenues si la conformité aux critères de l’AAP avait été complète.

L’article me semble intéressant car il montre que des logiciels pourtant très populaires et matures ne sont pas parfaitement conformes à des principes de sécurité de prescription pédiatrique relativement simples et connues depuis plusieurs années. Pensons notamment à la documentation du poids en kg uniquement ou à l’affichage du volume correspondant à une dose pour une prescription d’un médicament liquide. Il semble que la plupart des erreurs seraient évitables avec une meilleure conformité à ces critères. Je trouve cependant dommage que l’article ne détaille pas les erreurs ni leur répartition par catégorie; cela aurait permis de voir si les lacunes se situent davantage au niveau des critères simples (ex: volume en fonction de la dose, présence de dose, voie, fréquence et quantité, etc.) ou de critères plus complexes (ex: dose en fonction de l’indication).

Impact de la documentation incomplète des allergies sur le délai de validation des ordonnances d’antibiotiques

Cette article rapporte une étude rétrospective réalisée dans un centre hospitalier situé à Philadelphie. Il n’y a pas d’autres détails fournis sur le centre en question. L’objectif de l’étude était de vérifier s’il existait une relation entre la rédaction d’une ordonnance d’antibiotique alors que les informations d’allergies étaient incomplètes, et le temps nécessaire pour valider cette ordonnance. Les ordonnances du d’octobre 2017 ont été incluses. Les auteurs ont aussi vérifié si la documentation complète des allergies était reliés aux interventions réalisées par les pharmaciens lors de la validation d’ordonnances.

138 ordonnances ont été incluses. 98 (71%) incluaient les détails des allergies. Les ordonnances avec détails d’allergies ont été validées 21 minutes plus rapidement (12 minutes par rapport à 33 minutes, p=0,02). Les pharmaciens ont dû intervenir à propos des allergies pour 19,4% des ordonnances incluant les détails d’allergies, comparativement à 35% des ordonnances sans détails d’allergies. Lorsqu’une ordonnance n’incluait pas le détail des allergies et nécessitait une intervention, le délai pour la validation était encore plus élevé, soit 82 minutes plus long.

Cette étude vient illustrer avec des données objectives un effet que tous les pharmaciens vivent quotidiennement: une ordonnances incomplète est toujours plus longue à valider, car il revient malheureusement au pharmacien d’obtenir l’information manquante alors que les intervenants pouvant la fournir (médecin, résident, infirmière) sont parfois non disponibles, difficiles à rejoindre ou carrément partis. En ce qui a trait aux allergies, les systèmes d’ordonnance électronique devraient permettre une documentation complète et signaler l’absence d’information pour les ordonnances qui le nécessitent.

Processus de mise à jour des préparations magistrales orales dans un réseau d’hôpitaux

Il y a deux ans, je vous parlais d’une initiative de standardisation des préparations magistrales qui avait lieu au Michigan, afin de limiter les concentrations et les formulations des magistrales orales préparées par les pharmacies de cet état. J’avais d’ailleurs assisté à une présentation d’un pharmacien ayant participé à cette initiative au congrès du PPAG de 2017.

Un nouvel article est paru cette semaine dans l’AJHP à propos de cette initiative, cette fois de la part de pharmaciens hospitaliers d’un groupe d’hôpitaux du Michigan. L’article rapporte la démarche de l’organisation pour intégrer ces recommandations aux préparations magistrales faites par son département de pharmacie.

Un groupe de 4 pharmaciens, un interne en pharmacie et des étudiants de 4è année ont révisé de manière systématique les préparations magistrales en place dans les établissements du groupe et les ont comparées aux informations tirées de 7 références, dont notamment l’USP et d’autres références spécialisées sur les préparations magistrales. À la suite de cette révision, des réunions ont été tenues pour proposer des modifications aux préparations.

175 formulations ont été revues, et 136 modifications ont été proposées. La modification la plus fréquente était un changement dans les conditions d’entreposage (44%) ou dans la durée de stabilité (39%) pour se conformer aux normes de pratiques ou aux données les plus récentes. Notons des modifications à la composition des préparations, en particulier le retrait de « sirop de fraise » de type alimentaire comme véhicule de suspension à la place de véhicules utilisés plus couramment dans 22% des cas. Les auteurs justifient ce retrait par l’élimination du colorant rouge du sirop, lequel est un allergène potentiel.  Soulignons que ce genre d’additif inhabituel peut aussi causer toutes sortes de problème lors de transition de soins, notamment le congé de l’hôpital vers la maison, lorsqu’une pharmacie communautaire ne peut pas obtenir aisément le même ingrédient.

Les auteurs mentionnent également avoir éliminé plusieurs formulations afin de ne garder qu’une seule concentration par produit, avec quelques exceptions pour les patients de néonatologie, avec un étiquetage indiquant la concentration inhabituelle. D’autres modifications incluent l’ajout de la nomenclature TALLman (encore très populaire malgré les doutes quant à son efficacité), les informations sur la stabilité hors du réfrigérateur (toujours pratique) et la possibilité de faire la préparation avec des véhicules sans sucre. Des formulations alternatives ont aussi été gardées pour pallier à d’éventuelles ruptures d’approvisionnement. L’article décrit également la méthode suivie pour déployer ces modifications dans les opérations des centres concernés.

L’article démontre qu’il est tout à fait possible de standardiser les concentrations de préparations magistrales orales à travers une organisation, même avec plusieurs centres. J’aimerais bien sûr avoir des données sur l’impact pratique de cette initiative. Y a-t-il eu une réduction des erreurs de préparation lors des transitions de l’hôpital vers la communauté ou lors du changement de pharmacie ? Ce serait l’élément le plus important à démontrer.