Le code-barres pour la préparation des seringues orales

Il y a environ un an, je rapportais une étude sur la préparation des liquides oraux en pédiatrie sécurisée par code-barres. Une nouvelle étude sur le même sujet est parue dans l’AJHP en février 2019. L’étude vient de la Cleveland Clinic, un centre académique de 1400 lits situé en Ohio. La préparation des seringues orales a lieu à deux endroits dans ce centre, soit la pharmacie centrale et une satellite de pédiatrie, avec un volume de 118 000 seringes en 2015, soit 323 seringues par jour en moyenne, ce qui me semble petit pour un centre de cette taille. En comparaison, dans l’étude de l’an dernier, un hôpital pédiatrique de 300 lits a produit 178 344 doses en une année.

Un système de préparation de seringues orales avec vérification contenant-contenu par code-barres a été développé à partir du logiciel de préparation des produits stériles déjà en fonction dans l’établissement. Le logiciel gère trois modes de préparation:

  • À partir de produits liquides commerciaux
  • À partir de produits commerciaux reconstitués
  • À partir de préparations magistrales faites sur place

Des photos sont prises des préparations à chaque étape importante. La vérification contenant-contenu est assurée par la production d’étiquettes de contenant et de contenu comportant des codes-barres, générés par le système. Le flux de travail (priorisation des doses en fonction de l’heure d’administration, par priorité, etc.) est également géré par le système.

L’étude avait un devis pré-post. Une collecte de donnée avant l’implantation du système sur 66 jours. Le système a été implanté en deux phases, un pilote en juin 2016 et un déploiement complet en août 2016. Les données des trois premiers mois du déploiement complet ont été extraits pour la période post.

En période pré, 1053 préparations ont été collectées. Le temps de préparation d’une seringue avait une médiane de 2 [IQR 1-4] minutes. En post, 11 817 seringues (131 par jour , ce qui encore me semble peu) ont été collectées. La durée médiane d’une préparation était de 51 [IQR 33-79] secondes. Le taux d’erreurs interceptées en pré était de 2,2%, et en post il était de 0,26%; surtout lorsqu’un préparateur avait outrepassé un avertissement du système ou que le volume était inadéquat, ce qui n’était pas vérifié par le système.

Je trouve l’étude intéressante car elle démontre un avantage sur la durée de préparation des seringues et sur le taux d’erreurs. Également, elle vient complémenter la première étude sur la faisabilité d’utiliser un système de préparation de seringues orales avec vérification contenant-contenu par code-barres; selon moi, il n’y a plus de raison de ce passer de cette technologique à toutes les étapes de vérification contenant-contenu. Néanmoins, l’étude comporte certaines lacunes, notamment la collecte pré beaucoup plus petite et moins précise que celle post, et le faible volume de production de l’hôpital étudié.

Encore les seringues BD

Je parlais il y a quelques mois de la problématique des seringues BD. En bref, la FDA aurait reçu des rapports de cas de perte d’efficacité de certains médicaments suite à un reconditionnement et stockage en seringues. Une interaction avec une pièce de caoutchouc du piston des seringues serait en cause. Par la suite, la FDA et Santé Canada ont publié des avis demandant aux pharmaciens d’éviter de conserver des médicaments reconditionnés en seringue. Quelques opinions ont été publiées sur le web, soulignant les problèmes potentiels engendrés par cette recommandation. Le service de médicaments préparés en format prêt à utilisation, donc souvent en seringues, est à la base du système de distribution unitaire utilisé dans la plupart des hôpitaux nord-américains.

Au congrès de la Société Canadienne des Pharmaciens d’Hôpitaux qui a eu lieu fin janvier – début février, une présentation portait spécifiquement sur ce sujet. La présentation est maintenant disponible en ligne gratuitement sur le site web d’ISMP Canada.

La présentation donne un peu plus de détails que je n’avais pas vu ailleurs auparavant sur les cas de perte d’efficacité qui ont été observés. Elle fait très bien le tour de la situation, de ce qui est connu et, plus précisément, de ce qui n’est pas connu.

Le problème auquel les pharmaciens et les hôpitaux font face est bien expliqué, en particulier le dilemme entre la pratique répandue de reconditionnement en seringues et le fait que les seringues ne sont pas approuvées pour stocker des médicaments.

On apprend que le Collège des Pharmaciens de l’Ontario a mis en place un groupe de travail sur ce problème, et qu’un plan des lignes directrices devraient être émises à moyen terme. Ce sera à suivre.

Enfin, on souligne le problème du déclin de l’expertise des pharmaciens d’hôpitaux en préparation, en particulier la diminution de la recherche sur les préparations stériles et la stabilité des médicaments. Alors que les soins au patient se développent dans la profession (ce qui est une bonne chose), d’autres secteurs de pratique de la pharmacie, comme les préparations stériles, sont malheureusement délaissés (ce qui est une moins bonne chose).